LIVRE IL
d'autant moins à considérer Timage de la déesse, laquelle étoit véritablement un chef-d'œuvre. Quelques envieux ont dit que Praxitèle avoit pris la sienne sur le modèle de celle-là. On Favoit placée dans une niche de marbre noir, entre des colonnes de. cette même couleur; ce qui la ren- (doit plus blanche, et £aisoit un bel effet à la vue.
A l'un des côtés du sanctuaire on avoit élevé un trône où Vénus, à demi couchée sur des coussins de senteurs, recevoit, quand elle venoit en ce temple, les adorations des mortels, et distribuoit ses grâces ainsi que bon lui sembloit. On ouvroit le temple assez matin , afin que le peuple fût écoulé quand les personnes qualifiées entreroient.
Cela ne servit de rien cette journée-là ; car dès que Psyché parut, on s'assembla autour d'elle. On crut que c'étoit Vénus qui , pour quelque dessein caché ou pour se rendre plus familière , peut-être aussi par galanterie , avoit un habit de simple ber* gère. Au bruit de cette merveille , les plus paresseux accoururent incontinent.
La pauvre Psyché s'alla placer dans un coin du temple , honteuse et confuse de tant d'honneurs dont elle avoit grand sujet de craindre la suite, et ne pouvoit pourtant s'empêcher d'y prendre plaisir. Elle rougissoit à chaque moment, se détournoit quelquefois le visage, témoignoit qu'elle eût bien voulu faire sa prière : tout cela
en vain ; elle fut contrainte de dire qui elle étoit. Quelques uns la crurent} dautres persistèrent dans lopinion qu'ils avoient.
La foule étoit tellement grande autour d elle , que quand Venus arriva , cette déesse eut de la peine à passer. On lavoit déjà avertie de cette aventure; ce qui la fit accourir le visage en feu comme une Mégère, et non plus la reine des Grâces, mais des Furies. Toutefois, de peur de sédition, elle se contint. Ses gardes lui ayant fait faire passage, elle s alla placer sur son trône, où elfe écouta quelques suppliants avec assez de distraction.
La meilleure partie des hommes étoit demeu* rée auprès de Psyché avec les femmes les n^oins jolies, ou qui étoient sans prétention et sans intérêt. Les autres avoient pris d'abord le parti de la déesse; étant de la politique, parmi les personnes de ce sexe qui se sont mises sur le bon pied , de faire la guerre aux survenantes, comme à celles qui leur ôtent , pour ainsi dire , le pain de la main. Je ne saurois vous assurer bien précisément si elles tiennent cette coutume-là des auteurs, ou si les auteurs la tiennent d'elles.
Notre bergère n'osant approcher, la déesse la fit venir. Une foule d'hommes l'accompagna ; et la chose ressembloit plutôt à un triomphe qu'à un hommage. La pauvre Psyché n'étoit nullement coupable de ces honneurs: au contraire, si on