‹ [Œuvres] (volume 2)Chapitre 127 sur 224 · D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

D'ANGLETERRE

Leroy Edouard d'Angleterre, quatrième de ce nom, recommanda avant son trespas ses deux fils Edouard et George (l) à son irère Richard, duc de Glocestre, afin que Edouard, prince de Galles, son fils aîné, eagé de quatorze ans, succédast à la couronne, comme son vrai héritier. Son dit frère Richard, duc de Glocestre, proumit de faire son possible, et demoura régent, et print en sa tutelle les deux enfans ses nepveux. Ycelui, faindant vouloir debeller et envahir les François, assembla grande pécune et suffisante année pour ce faire, et arriva à Londres la nuict Sainct-Jehan-Baptiste ; et commença des lors à monter en orgueil ; si devint à demi tyran. La reine d'Angleterre, cognoissant la protervie de son courage, le tirra arrière et emmena ses enfans en une place forte nommée Vastremonstre (Westminster), afin que le dit de Glocestre ne leur fist quelque moleste. Néantmoins ceulx de Galles , les princes du sang et parenté du roy Edouard se mirent en peine de couronner le prince de Galles, et tirèrent vers Londres pour ce faire; et le dit duc de Glocestre l'une fois se

(i) La plnp»i't des bislorieris s'accoiclcnt à donner à ce piince le nom de Richard.

taiiiiloit èlie jojeuv de ce eouroiiiieiiuiil, raultre fois leiioil Icrine tout au contraire ; et y mit tant d'entraves que la chose suschey.

Il trouva façon par aulcunes accusations de soi despescher du seigneur d'Escales , nepveu des dits eiifans, et seigneur de la Rivière, ensemble de Thomas Vayant ; puis fit bouler le dit prince son nepveu en la Tour de Londres; et pour ce (|u'il seml)loit ([u'il ne povoit faire chose de valeur s'il n'avoit le second fils son nepveu, eagé de douze ans; afin de anéantir la querelle, il le fit mander par l'arcevesque de Cantorbie, oncle des dils enfans, lequel dit à la mère, vevfe du roy Edouard, que son fils George vinst hastivement au couronnement de son frère; si verroit les honneurs qui se feroient iliecq afin de tousjonrs apprendre. La reine, toute apprinse des déceptions de son beau-frère, l'accordoit fort enuis; nonobstant elle se coufioit au dit arcevesque.

Le second fils du roy Edouard, nommé George, comme dit est, fut rendu et bouté en la Tour de Londres, avecq son frère aisné ; le duc Richard leur fil donner estât, qui fort diminua. L'aisné fils estoit simple et fort mélancolieux , cognoissant aulcunement la mauvaisetié de son oncle, et le second fils estoit fort joyeux et spirituel, appert et prompt aux danses et aux esbals; et disoit à sou frère, portant l'ordre de la Jarretière : « Mon frère, apprenez à danser. » Et son frère lui répondit : ■< Il vardclroit mieux que vous et moi apprinssions à mourir, car je cuide bien savoir que guaires de temps ne serons au monde. » Ils furent environ cintj sepmaines prisonniers ; et par le capitaine de la Tour le duc Richard les fit occultement mourir et esteindrc.

Aulcuns disent qu'il les fit bouler en une grande huge, et enclorre illec sans boire et sans manger. Aultres disent qu'ils furent estains entre deux quientes, couchants en une même chambre. Et quant vint à l'exécution, Edouard, l'aisné fils, dormoit, et le jeune veilloit, lequel s'apperçut du malice, car il commença à dire : » Ha! mon frère, csvcillez-vous, car l'on vous vient occir! » Puis disoit aux appariteurs: « Pourquoi tuez-vous mou frère? Tuez-

moi «!t le laissez vivre! « Ainsi doncqiics l'un après raulrc Inrcnl exéctilés et eslaiiicts, et les corps rués en quehpie lieu secret; puis furent recueillis, cl après la nunt du roy Richard eurent rovaux obseccjues.

(^ChRONIOUF. 1)K Moi.INl' t. )

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