GLOCESTER, BUCKINGHAM
GLOCESTER , à Ruckingliani, qui entre.
De grâce, arrivez donc, cousin; on vous désire.
BUCKINGHAM
Très noble protecteur, souffrez que je respire. Je voulais des premiers saluer à la Tour Le roi , qu'auprès de vous je croyais de retour; Mais je suis peu surpris qu'il traverse avec peine L'océan plébéien dont chaque rue est pleine.
( allant à la fenêtre qu'il ouvre. )
Avant de m'accuser, milord, regardez-les : Quelle foule! on s'écrase; et de Douvre à Calais La mer, par un gros temps, a plus de courtoisie Que ce peuple agité jusqu'à la frénésie. 11 ne veut que son roi ; froissé dans ses ébats, Meurtri de ses transports, je me disais tout bas Qu'on serait mal venu, par force ou ])ar adresse, A lui ravir l'objet d'une si folle ivresse. Quand je vous parle ainsi, je ne suis pas suspect : Ils ont, parbleu ! pour moi montré peu de respect ; Et mon cheval pourtant est de plus noble race Que ce troupeau d'Anglais entassés sur la place.
GLOCESTER
Parlait-on de la reine?
BUCKINGHAM
Avecun clévoûment !...
GLOCESTER
Elle est à Westminster.
BUCKINGHAM
Elle!
GLOCESTER
Et son fils.
BUCKINGHAM
Vraiment ?
C'est très vrai.
BUCKINGHAM
Dans quel but?
GLOCESTER
Si tu peux le comprendre , Tu me feras plaisir, cousin, de me l'apprendre.
BUCKINGHAM
Peut-être un mot de vous a causé son effroi.
GLOCESTER
Oui, j'aurai trop parlé : tout le mal vient de moi. Il m'a fallu souvent descendre à l'imposture; Mais j'y suis maladroit : c'est contre ma nature.