SCÈNE m
COMMINE, seul.
(Il tient un rouleau de parclu-uiin, et vient s'asseoir au pied d un chêne. —Le jour commence.
Reposons-nous sous cet ombrage épais; Ce travail a besoin de mystère et de paix. Calme heureux ! aucun bruit ne frappe mon oreille , Hors le chant des oiseaux que la lumière éveille , Et le cri vigilant du soldat écossais Qui défend ces créneaux et garde un roi français. Je suis seul , relisons: du jour qui vient de naître Cette heure m'appartient; le reste est à mon maître.
( Il ouvre le manuscrit. )
Mémoires de Comminc!... Ah! si les mains du loi
lo LOUIS XI.
Déroulaient cet écrit qui doit vivre après moi , Où chacun de ses jours, recueilli pour l'histoire, Laisse un tribut durable et de honte et de gloire, Tremblant, on le verrait, par le titre arrêté, Pâlir devant son règne à ses yeux présenté. De vices, de vertus quel étrange assemblage!
( Il lit ; le médecin Coitier passe au fond de la scène , le regarde , et
entre dans la cabane de Richard. ) (Interrompant sa lecture)
Là , quel effroi honteux! là, quel brillant courage! Que de clémence alors, plus tard que de bourreaux! Humbleet fier, dotix au peupleet dur aux grands vassaux. Crédule et défiant, généreux et barbare, Autant il ftit prodigue, autant il fut avare.
( Il passe à la (in du manuscrit. )
Aujourd'hui quel tableau ! Je tremble en décrivant Ce château du Plessis, tombeau d'un roi vivant, Comme si je craignais qu'un vélin infidèle Ne trahît les secrets que ma main lui révèle. Captif sous les barreaux dont il charge ces tours , Tl dispute à la mort un reste de vieux jours; Usé par ses terreurs, il se détruit lui-même, S'obstine à porter seul un pesant diadème. S'en accable, et jaloux de son jeune héritier. Ne vivant qu'à demi , règne encor tout entier. ()ui, le voilà : c'est lui.
(Il reste absorbé dans sa lecture. )