‹ [Œuvres] (volume 2)Chapitre 69 sur 224 · ACTE m, SCENE Vil. i /i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE Vil. i /i

S'i'tait laisse loiiclier aux vœux d'un danioiscl, Brave, tle haut lignage et d'anlicjuc noblesse. Oh, j'avais, mon enfant, bien place ta tendi-esse!

MARIE, vivement.

Poursuivez.

Ce l'ccit te semble intéressant.

MARIE

Comme un conte.

LOUIS

En effet, c'en est un. Quoif[ue absent, Ton chevalier de loin occupait ta pensée; Et lui, jaloux de voir sa belle fiancée, i'^n ambassade...

MARIE, à pail.

O ciel !

LOUIS

Arrivé d'aujourd'hui , Il venait de mes soins me demander l'appui Pour conclure...

MARIF..

Un traité?

LOUIS

Non pas : un mariage.

MARIE

Va vous? . • :

J'y conseillais; mais c'est faux; quel (loniinagc!

MARIE

Quoi, sire, vous savez...

LOUIS

Moi , rien !

MARIE

Grand Dieu ! comment ?

Par qui donc?

LOUIS

C'est un conte, et tu n'as point d'amant; Non : parlons d'autre chose.

MARIE

Excusez un mystère Que j'ai dû respecter.

LOUIS

Ah! tu n'es pas sincère.

Tu te caches de mol : je m'en vengerai!

MARIE , effrayée.

Vous !

Grâce! pitié pour lui! je tombe à vos genoux! Qui l'a trahi?

LOUIS , qui lui prend les mains en riant , tandis qu'elle est à ses pieds.

Le traître est ton père lui-même.

MARIE

Il vous a dit?...

ACIE m, SCETSK Vil. ï>.5

LOUIS

Le nom du* coupable qui t'aiine.

MARIE

11 la nommé?

LOUIS

Mais oui.

M\RiF..

Vous épargnez ses jours!

Vous pardonnez...

LOUIS

Sans doute.

MAHIE, <ivec un transport de joie.

A Nemours!

LOUIS , à part, en se levant.

C'est Nemours.

MARIE

Que mon père attendri vous jugeait bien d'avance, Lorsque d'un orphelin il protégea l'enfance!

LOUIS

Bon Commine! en effet, c'est lui...

MARIE

Qui l'a sauvé.

En exil par ses soins Nemours fut élevé.

Excellent homme !

luG LOUIS XI.

MARIE

Alors, je l'aimai coiniiic un (Vcrc; D'un avenir plus doux je flattai sa misère.

LOUIS

Et Commine, pour toi, fier d'un tel avenir, Au sang des Armagnacs un jour voulait t'unir; C'était d'un tendre père.

MARIE

O moment plein de charmes !

Je vais donc lui parler, le voir, tarir ses larmes. Partager son bonheur!

LOUIS

Tu ne le verras pas.

MARIE

Pourquoi? si le hasard portait ici ses pas...

LOUIS

Le hasard ?

MARIE

Eh bien ! non; je dois tout vous apprendre: Sur un mot de sa main j'ai promis de l'attendre. On soupçonne aisément quand on n'est pas heureux ; Surpris de mon absence et trompé dans ses vœux, Que dira-t-il ?

J'y songe , et me fais conscience D'éveiller dans son cœur la moindre défiance.

ac;ti: m, scum-: vu. 1^7

Pauvre Nemours!.., Ecoule : il se croit incoiuiu; De le désabuser l'iustaiit n'est pas venu,. Par d'iniportans motife, qui nous font violence, Ton père, ainsi que moi, nous gardons le silence; Et l'instruisant trop tôl , tu le perds pour jamais.

RTARIE.

Je nie tairai.

LOUIS

J'y compte, et tu me le promets Devant la Vierge sainte, objet de tes hommages, Qui bénit sur l'autel les heureux mariages. Tu m'entends : ne va pas t'oublier un moment. Elle me le dirait.

MARIE

Non ; j'en fais le serment.

LOTUS

(a part.)

C'estbien : Dieul'areçu. Ncinoursî... pourqu il expire, Un mot de moi suffit; un mot... dois-je le dire? J'y vais p«Miser. Tiistan !

(à Marie.) Je te laisse en ce lieu :

( li la baise sur le front.)

Mais la Vierge t'écoute. Adieu, ma fille, adieu!

i-iS LOUIS XL

SCÈJNE VTll.

MARIE

Qu'il m'est doux ce baiser, gage de sa clémence!

Mais , hélas ! cette joie inespérée , immense ,

Qui m'attendrit, m'oppresse, et voudrait s'épancher,

Elle inonde mon cœur, il faut la lui cacher.

Je le dois : en parlant je deviens sacrilège.

Sainte mère de Dieu , dont le nom me protège ,

O vous dans mes chagrins mon céleste recours ,

Dans ma joie aujourd'hui venez à mon secours ;

Rendez mes yeux muets, et faites violence

A l'aveu qui déjà sur mes lèvres s'élance.

Prêt à s'en échapper, qu'il meure avec ma voix.

Je tremble, je souris et je pleure à la fois.

Dieu ! que je suis heureuse ! d vient.

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