ACTE II, SCENE I. 18V
Et, gardant pour le vice une juste fureur,
Des travers de l'esprit se moquent sans aigreur.
Je rends trop de justice à ces rares mérites
Pour les importuner de mes lâches visites.
Si je cueille un laurier par la gloire avoué ,
Je ne connaîtrai point celui qui m'a loué.
Au moins, je pourrai dire : Il écrit ce qu'il pense.
Est-il quelques chagrins que ce mot ne compense ,
Qu'il ne fasse oublier, qu'il ne change en plaisirs ?
Tel est le but constant qu'embrassent mes désirs :
Inestimable bien, honneur digne d'envie ,
Que je paîrai trop peu du repos de ma vie.
BERNARD
J'aime ces sentimens, ils sont beaux; mais enfin, Avec beaucoup d'honneur on peut mourir de faim. I iucile est mon trésor, mon espoir, ma famille ; Moins tendrement, peut-être, un père aime sa fille. Vous voulez nous ravir cet excellent sujet : Bien que dans un mari j'approuve ce projet, Je veux que mon enfant vive, ne vous déplaise, Sinon dans l'opulence , au moins fort à son aise. Puisque vous tenez tant à ce chien de métier, Ayez donc un succès, un succès plein, entier, Que prône le public et le journal lui-même. Autrement point d'hymen : c'est là ma loi suprême.
Je retourne à mon poste, où sans doute on m'attend.
( à Lucile qui entre. )
Ah ! viens; de ton Victor je ne suis pas content ; Il exagère tout. C'est à toi, ma Lucile, De fléchir, s'il se peut, cet esprit indocile. Je te laisse avec lui.