ACTE I, SCENE II
Des sujets moins heureux sous des rois plus puissans. Prévenu pour Montfort, vous me croyez à peine. Votre cœur amolli se refuse à la haine; Vous flattez nos tyrans; aux premiers feux du jour, Un jeune ambitieux vous voit grossir sa cour. Au sein des voluptés qui charment votre vie , Jamais vous n'avez dit : Païenne est asservie; Jamais ses cris plaintifs n'ont passé jusqu'à vous; Au récit de ses maux vous restez sans courroux ; Est-ce là cette humeur inflexible et sauvage Qui fuyait de la cour le brillant esclavage ; Cet orgueil indocile au joug le plus léger, Cet honneur ombrageux, si prompt à se venger? Ou la faveur des grands a changé vos maximes, Ou de nos ennemis vous oubliez les crimes. Oubliez-vous aussi ce prince infortuné, Conradin, sans défense à l'échafaud traîné? Ne vous souvient-il plus du serment qui vous lie A sa sœur orpheline , à la jeune Amélie , Au pur sang de nos rois?
LORÉDA.N.
J'en atteste les cieux !
Le jour de ses clartés aura privé mes yeux , La tombe s'ouvrira pour ma cendre glacée, Avant qu'un tel serment sorte de ma pensée '
26 LKS VÊPRES SICILIENNES.
Jamais de plus de feux un amant dévoré N'attendit un hymen plus saintement jure. Cependant la princesse, aux pleurs abandonnée, S'obstine à reculer cette heureuse journée. Un pressentiment vague irrite mes ennuis. Ces jeunes chevaliers par trop d'orgueil séduits, Qui, d'une égale ardeur poursuivant ses suffrages, Apportent à ses pieds tant d'importuns hommages.... Leur présence me pèse... Apprenez qu'un d'entre eux. Le plus vaillant de tous , et le plus généreux... Ah ! cet aveu fatal , que je ne puis vous taire , Jette encordan's mes sens Un trouble involontaire!.;.
PROCIDA
Enfin?
LORÉDAW.
Dans l'abandon de sa vive amitié, Hier à son rival Montfort s'est confie''. S'il n'avait respecté les pleurs de la princesse,
Il aurait dès long-temps déclaré sa tendresse :
o .le s. lis qu'elle a pour vous le respect (Tune sœur; a ( )uvrez-moi, m'a-t-41 dit , un accès dans son cœur. o Puisque la guerre enfin \ a m'eut rainer loin d'elle ,
" Il esl temps qu'à ses veux ma flamme se décèle.
Je veux, je dois parler, o Interdit , confondu, J ai voulu m'en défendre, el o ai rien répondu: