ACTE V, SCENE XL
GRANVILLE
Je suis, puisque personne ici ne le devine, Ce qu'il faut que je sois pour doter ma cousine, Et l'embrasser.
LUCILE , à Bernard.
Comment?
BERNARD
. Ne t'ai-je pas parlé...?
LUCILE
Ah! d'un mauvais sujet qui s'était exilé?...
GRANVILLE
( à Lucile. ) ( à Victor. )
C'est moi !... Je t'ai prédit, cher nourrisson du Pinde, Quelque succession de l'Afrique ou de l'Inde,
(lui présentant un portefeuille. )
Je te l'apporte, tiens...
VICTOR , le refusant.
Eh! de grâce, un moment.
BERNARD
Prenez, vous saurez tout, j'ai vu le testament. Il se fera prier pour être légataire !
BELROSE.
Me voilà, moi : voyons, je me laisserai faire.
(Bernard prend le portefeuille.)
FLORIDORE, avec dépit.
Que n'ai-je su plus tôt... !
GRANV1LLE.
Veuillez me pardonner; Tout n'est que fiction, honnis le déjeûner. Pour réparer mes torts j'entends qu'il soit splendide, Qu'à trois actes pompeux l'allégresse y préside, Qu'on y verse à grands flots et Champagne et Médoc , Et que madame Estelle y trinque avec Pemhrock.
(à Victor.)
Toi, retiens bien ceci : le talent d'un poète Avorte dans le monde, et croît dans la retraite. Que d'oisifs du bon ton , ardens à t'inviter, De frivoles devoirs viendront t'inquiéter! Ne va pas, amoureux d'un brillant esclavage, Jouer d'homme amusant le triste personnage, Te travailler sans fruit à saisir l'à-propos , Et consumer ta verve en stériles bons mots. Crains les salons bruyans, c'est l'écueil à ton âge; Nous avons trop d'auteurs qui n'ont fait qu'un ouvrage. Poursuis, soutiens l'honneur de tes premiers essais; Qu'en mer, sous l'équateur, j'apprenne tes succès, Et qu'un jour, comme moi , courant la terre et l'onde, La gloire de ton nom fasse le tour du monde.