‹ [Œuvres] (volume 3)Chapitre 2 sur 162 · DISCOURS D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

DISCOURS D'OUVERTURE

Un des statuts sacrés du Théâtre-Français. Quand <lr Pâque expirant la fatale quinzaine . Par la poste, au public, ramenait Melpomène. Vu lever du rideau, les nombreux spectateurs,

Réunis pour fêter ses talens voyageurs, Accueillaient le discours d'un héros ou d'un prince , Encor tout parfumé des lauriers de province. \iusi nous reviendrons complimenter Paris. Moins chargés de lauriers, nos rivaux ont tout pris; Trop heureux si , glanant où leur foule moissonne, Nous ramassons les brins tombés de leur couronne; Plus heureux si, par zèle artistes casaniers, Nous pouvons, sous vos yeux, cueillir tous nos lauriers! Vous, cependant , vous tous, qu'un amour idolâtre Enflamme noblement pour les jeux du théâtre, Dirigez sans rigueur nos efforts incertains; Soyez nos protecteurs , traitez-nous en voisins, \ ous . disciples d'un dieu que plaisanta Molière, Et songez qu'Apollon d'Esculape est le père. Vous aussi, de Tbéinis généreux nourrissons, Rèposez-VOUS ici de ses doctes leçons.

Puisse une ample recolle ombrager sur CCS rives Le front de nos caissiers de palmes lucratives ! Puissiez-vous, chaque hiver, braver les aquilons, Contre mi sexe craintif déchaînés sur les ponts '

Puissent les doux bravos caresser notre oreille! Puissions-nous voir l'auteur représenté la veille, Saluant son ouvrage, à la porte annoncé, Sortir tout radieux de n'être point placé ! Comblez ce temple heureux de dépouilles opimes; Mais allez dans quelque autre immoler vos victimes. Hélas! j'ai vu nos dieux abandonnés, proscrits, Et ce vide effrayant frappe encor mes esprits. Alors , de l'Odéon le long pèlerinage Etonnait un fidèle, et troublait son courage. Si quelques voyageurs, nés au quartier d'Antin, Découvraient l'Odéon dans ce désert lointain , Ils l'admiraient, frappés de respect et de crainte, Comme un vieux monument d'Athène ou de Corinthe, Et rentraient dans Paris, sans risquer un écu Pour voir les naturels de ce pays perdu.

Voilà, voilà, Messieurs, l'effrayante chronique Qu'on tourne à nos dépens en récit prophétique; Éternel entretien de l'amateur glacé Qui lit notre avenir écrit dans le passé. Voilà les souvenirs dont s'armait la censure Durant les longs travaux de notre architecture Pourquoi sont-ils passés ces temps, ces heureux temj Où les murs s'élevaient au son des instrument

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Où les rochers émus cédaient à l'harmonie

Des Lafond, des Duport de la mythologie? Thalie eûl emprunté, pourhâtir son palais,

Notre orchestre... ou celui du Théâtre-Français.

lit nous eût épargné les sinistres augures

Qu'ont rendus contre nous les cent voix des brochures.

Deux théâtres ! dit-on; mais le seul existant , Faute d'appuis nouveaux, ne marche qu'en boitant. Eh ! Messieurs, partagez le champ le plus stérile: l d seul le négligeait, dvux le rendront fertile. I «s talens sont les fruits de la rivalité : Souvent un fils. unique est un enfant gale.

Que ii a-l-il pris produit ce siècle de miracles, < )ii le I'inde français a rendu ses oracles?

is, illustrés par lui , deux théâtres rivaux Luttaient dans la carrière ouverte a .ses travaux De Racine au combat l'un suivait la bannière. L'autre avail arboré l'étendard de Molière; Va l'auteur immortel du Gid et du Menteur

sait mit Les deux camps sou éclat créateur. Du zèle et des succès le public tributaire Portait de l'un à l'autre un appui volontaire; Et, fidèle au talent qui charmait son loisir.

DU SECOND THÉÂTRE FRANÇAIS. 7 N'embrassait départi que celui du plaisir.

Quand l'astre de Ferney n'éclaira plus la scène ,

Il laissa dans la nuit Thalie et Melpomène ;

Mais la rivalité, divisant leurs sujets,

Du jour qui n'était plus nous rendit les reflets.

Fabre prêtait alors à la muse comique

La mordante âpreté de sa verve caustique ;

Sur les pas de Chénier, Legouvé prit l'essor;

Cet aimable Collin que Paris pleure encor ,

Par l'abandon naïf de sa facile veine ,

Mérita le surnom qu'ennoblit La Fontaine ;

Ducis nous attendrit pour d'illustres malheurs ,

Ducis, dont l'art sublime éveillait nos terreurs,

Inspiré par Shakspear qu'il imitait en maître,

Egala Crébillon, le surpassa peut-être.

Caïn, aux spectateurs, retraçait sur ces bords

L'horreur du premier crime et des premiers remords ;

Tout près du Luxembourg, le vieux célibataire

Sous les traits de Mole captivait le parterre;

De Marius aux fers la sombre majesté

Désarmait d'un regard le Cimbre épouvanté;

Cependant qu'Othello , Polynice et son père ,

Fénelon et Boulen , et Macbeth et Fougère,

Du bruit toujours croissant de leurs brillans destins,

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Fatiguaient les échos des bords ultrapontains.

Quelque splendeur alors couronna nos poètes; Mais n'ont-ils pas trouvé de dignes interprètes? Contât, Caumont, Raucourt, Sainval etDugazen

Laissaient-ils an besoin les cnfans d'Apollon? Fleuri , dont ce théâtre a gardé la mémoire, Sur\it à nos plaisirs sans survivre à sa gloire. Saint-Prix, digne héritier du sceptre de Brizard , \ des collatéraux vient de léguer son art ; Mais Paris se console en ('contant Oreste, El rit de deux jours l'un : Célhnène lui reste. Si la rivalité lut féconde en succès, Pourquoi désespérer de ses nouveaux essais.1 I h moment chaque soir ce combat dramatique \r peut-il dérider la sombre politique?

Animant delà voix deux empires jumeaux , La grave Déité qiu préside aux journaux Ne peut-elle au budget dérober \iiw page . Pour peser les destins de Rome et de Carthagc? Plus d'un guerrier captif, et long-temps sans espoir; S'apprête à secouer la poudre d'un tiroir: 1*1 us d'un prince, indécis entre les deux frontières, \ attend que nos succès pour franchir nos barrières Venez, tristes h ci os, nos bras vous sont ouverts j

Affrontez parmi nous des flots souvent amers.

Le Permesse à la fin est pour vous navigable,

Et vous n'attendrez plus comme une ombre insolvable

Qui, suppliant Caron de la prendre au rabais ,

Errait au bord du Styx sans le passer jamais!

Notre esquif lève l'ancre et va braver l'orage;

Mais c'est peu d'un esquif, il faut un équipage.

Que le notre à former nous a coûte d'efforts !

Nous avons parcouru la province et ses ports,

Dépeuplé la Belgique, et du Conservatoire

Appelé dans nos rangs et l'élite et la gloire;.

Si nous vous présentons quelques heureux taleus ,

Pardonnez des écarts à leurs nobles élans.

Faut-il rejeter l'or pour un peu d'alliage?

Que son éclat plus pur devienne votre ouvrage.

Songez qu'avec le temps le bien se change en mieus

Que le plus beau talent ne prend que sous vos yeux

Ce goût, cette nature élégante et fidèle,

Ce bon ton dont Moncade emporta le modèle ;

Que le Garrick français s'éleva par degré

Aux célestes transports de Joad inspiré ;

Qu'enfin d'un geste vrai la muette éloquence

Est fille d'Apollon... et de la Patience.

Ce propos me rappelle un conte d'autrefois;

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