SCENE II
AMÉLIE, MONTFORT, ELFRIDE.
MONTFORT
De mes fureurs , madame , accusez un perfide.
J'ai pu blesser les lois de ce respect timide
Qu'un chevalier, trompé dans ses vœux les plus chers,
Garde encore à l'objet dont il porta les fers.
Je le sais; j'aurais dû, plus grand, plus magnanime,
Commander aux transports d'un courroux légitime,
Epargner un rival indigne de mes coups ,
Et forcer votre estime en l'unissant à vous.
Je l'ai banni, madame; il triomphe à ma honte
De ce coupable abus d'un pouvoir qu'il affronte...
Loin de moi le plaisir qu'un tyran peut chercher
Dans les tourmens d'un cœur qu'il n'a pas su toucher.
Je révoque un arrêt dont ma gloire murmure :
J'avilirais le sceptre à venger mon injure.
Sans crainte Lorédan peut revoir ce séjour;
Qu'il reprenne son rang , qu'il se montre à la cour,
Que l'ingrat, sur ma foi, goûte un bonheur tranquille.
Avant la fin du jour je quitte cet asile,
68 LES VEPRES SICILIENNES.
Où le premier des droits de l'hospitalité Par un ami trompeur ne fut pas respecté.
AMÉLIE
Quoi! vous partez, seigneur?
MONTFORT
Je le dois, je m'empresse D'affranchir vos regards d'un aspect qui les blesse. Je n'éclaterai point en regrets superflus. Vos vœux seront remplis, vous ne me verrez plus.
\ m i:lie.
Hélas ! il dit trop vrai !
MONTFORT
Sur les discours d'un traître .
Vous méjugez, madame, et pensez me connaître. Ces prêtres ombrageux, de qui ma fermeté Ne sait point encenser la fîère humilité, M'ont dépeint devant volts comme un monstre, un impie. Il n'est point de forfaits que mon trépas n'expie, Et, perdant un superbe en son crime obstiné, Au tribunal de Dieu leur voix m'a condamné.