‹ [Œuvres] (volume 3)Chapitre 39 sur 162 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

MONTFORT

Moi , que voulez-vous dire ?

AMÉLIE

Un effroi salutaire Sur des périls cachés quelquefois nous éclaire.

MONTFORT

Quel sentiment vous porte à trembler pour des jours Dont vos mortels refus empoisonnent le cours ? Serait-ce la pitié?... J'étais loin de m'attendre Qu'à l'inspirer jamais l'amour me fît descendre , Et qu'on dût m'abaisser jusqu'à plaindre mon sort! Madame, c'en est fait...

AMÉLIE

S'il me quitte, il est mort!

MONTFORT

Je veux vous épargner un sentiment pénible, • Je m'éloigne...

AMÉLIE

Ah ! Montfort !

O ciel! est- il possible?

Quoi ! vous me rappelez !

AMÉLIE

Où voulez-vous courir ?

Ce peuple est malheureux; il est las de souffrir,

70 LES VEPRES SICILIENNES.

Aux mânes de ses rois brûlant de satisfaire,

S'il formait contre vous un complot sanguinaire...

MO.vriORT.

Il n'oserait, madame.

AMÉLIE

(n lâche, x 1 1 1 meurtriei A son zèle inhumain peut vous sacrifier.

MONTFORT

Il n'oserait , vous dis-je.

A3IÉLIE.

Oh! quelle étrange ivresse Vous pousse en furieux au piège qu'on vous dresse ! Craignez vos ennemis ; pour ce peuple et pour eux Cessez de vous parer d'un mépris dangereux. Est-ce donc par l'orgueil que brille un vrai courage? S'obstiner à périr, c'est une aveugle rage ; C'est payer de son sang un vain et faux honneur.

MOJNfFORT.

Et qu'importe la vie à qui perdlé bonheur? Pourquoi m'inquiéter d'un fardeau qui m'accable? Pour nourrir sans espoir un amour déplorable, A monrepos, au vôtre, à ma gloire fatal; Pour voir et pour orner le succès d'un rival.1 Non, d'un lâche ennemi si le liras m'assassine. C'est vous qui conduisez les coups qu'il me destine.

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