G4 LE JEUNE
« Chaste victime, il tombe avec son innocence « Sous le bâton ensanglanté.
« Les rois, quand il faut nous défendre, « Sont avares de leurs soldats.
« Ils se disputent des états, « Des peuples , des cités en cendre ; . « Et tandis que , sous les couteaux , « Le sang chrétien, à longs ruisseaux, « Inonde la terre où nous sommes ; « Comme on partage des troupeaux , « Les rois se partagent des hommes.
« Un récit qui s'efface, ou quelques vains discours, « A des indifférens parlent de nos misères, « Amusent de nos pleurs l'oisiveté des cours : « Et nous sommes chrétiens, et nous avons des frères , « Et nous expirons sans secours !
a L'oiseau des champs trouve un asile « Dans le nid ([ui fut son berceau , « Le chevreuil sous lui arbrisseau,
«Dans un sillon le lièvre agile;
« EflVayé par un léger bruit ,
« Le ver qui serpente et s'enfuit
« vSous l'herbe ou la feuille qui tombe,
« Echappe au pied qui le poursuit...
« Notre asile à nous, c'est la tombe!
« Heureux qui meurt chrétien! Grand Dieu, leur cruauté « Veut convertir les cœurs par le glaive et les flammes, « Dans le temple oii tes saints prêchaient la vérité , « Où de leur bouche d'or descendaient dans nos âmes « L'espérance et la charité.
« Sur ce rivage, où des*idoles
« S'éleva l'autel réprouvé,
« Ton culte pur s'est élevé
« Des semences de leurs paroles.
« Mais cet arbre, enfant des déserts,
« Qui doit ombrager l'univers,
« Fleurit pour nous sur des ruines ,
« Ne produit que des fruits amers,
« Et meurt tranché dans ses racines.