‹ [Œuvres]Chapitre 17 sur 76 · G6 LE JEUNE · texte numérisé non relu

G6 LE JEUNE

« O Dieu, la Grèce libre en ses jours glorieux « N'adorait pas encor ta parole éternelle; « Chrétienne , elle est aux fers, elle invoque les rieux, a Dieu vivant, seul vrai Dieu, feras-tu moins pour elle ce Que Jupiter et ses faux dieux? »

Il chantait, il pleurait, quand d'LUie toiu' voisine

Un musulman se lève , il court, il est armé.

Le turban du soldat sur son mousquet s'incline ,

L'étincelle jaillit , le salpêtre a fumé ,

L'air siffle, un cri s'entend... l'hymme pieux expire.

Ce cri, qui l'a poussé? vient-il de ton esquif?

Est-ce toi qui gémis , Lévite ? est-ce ta lyre

Qui roule de tes mains avec ce bruit plaintif?

Mais de la nuit déjà tombait le voile sombre;

La barque, se perdant sous un épais brouillard,

Et sans rame, et sans guide, errait comme au hasard ;

Elle resta muette et disparut dans l'ombre.

La nuit fut orageuse. Aux premiers feux du jour , Du golfe avec terreur mesurant l'étendue. Un vieillard attendait, seul, au pied de la tour. Sous des flocons d'écume un luth frappe sa vue.

Un luth qu'un plomb mortel semble avoir traversé , Qui n'a plus qu'une corde à demi détendue, Humide et rouge encor d'un sang presque effacé. Il court vers ce débris, il se baisse, il le touche... D'un frisson douloureux soudain son corps frémit ; Sur les tours de Coron il jette un œil farouche. Veut crier... la menace expire dans sa bouche; 11 tremble à leur aspect , se détourne et gémit.

Mais du poids qui l'oppresse enfin son cœur se lasse:

Il fuit les yeux cruels qui gênent ses douleurs ;

Et regardant les cieux, seuls témoins de ses pleurs,

Le long des flots bruyans il murmure à voix basse :

« Je t'attendais hier, je t'attendis long-temps;

« Tu ne reviendras plus, et c'est toi qui m'attends! »

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