‹ [Œuvres]Chapitre 20 sur 76 · PARTHENOPE · texte numérisé non relu

PARTHENOPE

« Que dis-je? Rome entière est-elle ensevelie

« Dans la poudre de leurs sillons ?

u Mon pied, frappant le sein de l'antique Italie,

« En fait jaillir des bataillons.

« Rome , ne sens-tu pas, au fond de tes entrailles,

« S'agiter les froids ossemens « Des guerriers citoyens , que tant de funérailles

c( Ont couchés sous tes monumens ?

c( Génois, brisez vos fers; la mer impatiente « De vous voir secouer un indigne repos, « Se gonfle avec orgueil sous la forêt flottante ,

« Où vous arborez mes drapeaux.

« Veuve des Médicis , renais , noble Florence ! ce Préfère à ton repos tes droits que je défends; (( Préfère à l'esclavage , où dorment tes enfans , « Ton orageuse indépendance.

« O fille de Neptune , ô Venise , 6 cité

« Belle comme Vénus, et qui sortis comme elle

« Dé l'écume des flots, surpris de ta beauté,

« Épouvante Albion d'une splendeur nouvelle.

^' Doge, règne en mon nom; s(''iiat, reconnais-moi;

ET L'ETRANGERE. 7:j

« Réveille-toi , Zéno; Pisani, lève toi : « C'est la Liberté qui t'appelle. »

Elle dit : à sa voix s'agile un peuple entier.

Dans la fournaise ardente

Je vois blanchir l'acier;

J'entends le fer crier

Sous la lime mordante; L'enclume au loin gémit, l'airain sonne, un guerrier Prépare à ce signal sa lance menaçante,

Un autre son coursier.

Le père chargé d'ans, mais jeune encor d'audace, Arme son dernier fils , le devance et prend place

Au milieu des soldats.

Arrêté par sa sœur qui rit de sa colère,

L'enfant dit à sa mère :

Je veux mourir dans les combats.

Que n'auraient-ils pas fait, ceux en qui la vaillance

Avait la force pour appui ?

Quel homme dans la fuite eût mis son espérance,

74 PARTI lÉNOPE ET L'ÉTRANGÈRE.

Et quel homme aurait craint pour lui Celte mort que cherchaient la vieillesse et Tenfance :

Ils s'écrièrent tous d'une commune voix : « Assis sous ton laurier que nous coiu'ons défendre, « Virgile, prends ta lyre et chante nos exploits ; « Jamais un oppresseur ne foulera ta cendre. » Ils partirent alors ces peuples belliqueux , Et trente jours plus tard, oppresseur et tranquille. Le Germain triomphant s'enivrait avec eux Au pied du laurier de Virgile.

La Liberté fuyait en détournant les yeux.

Quand Parthénope la rappelle.

La déesse un moment s'arrête au haut des cieux ;

« Tu m'as trahie; adieu, dit-elle.

Je pars.-Quoi ! pour toujours?-On m'attend.-Dansquel lieu? -En Grèce.-On y suivra tes traces fugitives. -J'aurai des défenseurs.-Là , comme sur mes rives , On peut céderau nombre.-Oui, mais on meurt; adieu ! »

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