‹ [Œuvres]Chapitre 43 sur 76 · UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE

Polyxène disait à ses jeunes compagnes : Dépouillez ce vallon favorisé des cieux; ( i'est pour nous que les fleurs naissent dans ces campagnes ,

Le printemps sourit à nos jeux.

Elle ne disait pas : vous plaindrez ma misère Sur ces bords où mes jours coulent dans les hoimeurs; Elle ne disait pas: mon sang teindra la terre

Oïl je cueille aujourd'hui des fleurs.

CHOEUR

D'un peuple d'exilés déplorable patrie, Ton empire n'est plus, et ta gloire est flétrie.

Sous l'azur d'un beau ciel, qui promet d'heureux jours, Quel est ce passager dont la nef couronnée Dans un calme profond s'avance abandonnée Au souffle des Amours?

UNE AUTRE

11 apporte dans nos murailles •

Le carnage et les funérailles !

Neptune, au fond des mer^ que ton trident vengeur

Ouvre une tombe à l'adultère !

Et vous, dieux de l'Olympe, ordonnez au tonnerre

De dévorer le ravisseur.

Mais non, le clairon sonne et le fer étincelle; Je vois tomber les rocs, j'entends sifïler les dards; Dans les champs dévastés le sang au loin ruisselle. Les chars sont heurtés par les chars.

Achille s'élance ,

Il vole , tout fuit ;

L'horreur le devance,

Le trépas le suit ,

La crainte et la honte

Sont dans tous les yeux ,

Hector seul affronte

Achille et les Dieux.

UNE A^UTRE.

Sur les restes d'Hector qu'on épanche une eau pure. Apportez des parfums , faites fumer l'encens. Autour de son bûcher, vos sourds gémissemens Forment un douloureux murmure;

Ali! gémissez, Troyens! soldats, baignez de pleurs Une cendre si chère!...

Des fleurs , vierges , semez des fleurs ! Hector dans le tombeau précède son vieux père.

CHCffiUR.

Des fleurs, vierges, semez des fleurs!

Hector dans le tombeau précède son vieux père. ^^

llion, llion, tu dors, et dans tes murs Pyrrhus veille enflammé d'une cruelle joie; Tels que des loups errans par des sentiers obscurs , Les Grecs viennent saisir leur proie.

UNE AUTRE

Hélas ! demain à son retour Le soleil pour Argos ramènera le jour; Mais il ne luira plus pour Troie.

O détestable nuit! ô perfide sommeil !

D'où vient qu'autour de moi brille une clarté sombre ! Quels affreux hurlemens se prolongent dans l'ombre ! Quel épouvantable réveil !

UNE JEUNE TROYENNE

Sthénélus massacre mon frère.

UNE JEUNE TROYENNE

Ajax poursuit ma sœur dans les bras de ma mère.

UNE AUTRE

Ulysse foule aux pieds mon père.

Nos palais sont détruits , nos temples ravagés; Femmes , enfans, vieillards , sous le fer tout succombe, Par un même trépas dans une même tombe Tous les citoyens sont plongés.

UNE AUTRE

Adieu, cliamps oii fut Troie; adieu, terre chérie; Et vous, mânes sacrés des héros et des rois, Doux sommets de l'Ida, beau ciel de la patrie, Adieu pour la dernière fois !

Un jour, en parcourant la plage solitaire.

Des forêts le tigre indompté Souillera de ses pas l'auguste sanctuaire.

Séjour de la divinité.

UNJÏ TROYENNE.

Le pâtre de ITda, seul près d'un vieux portique, Sous les rameaux sanglans du laurier domestique , Où l'ombre de Priam semble gémir encor, Cherchera des cités l'antique souveraine , Tandis que le béher bondira dans la plaine Sur le tombeau dTIPectoi-.

UNE AUTKE.

Et nous, tristes débris battus par les tempêtes, La mer nous jettera sur quelque bord lointain.

UNE AUTRE

Des vainqueurs nous verrons les fêtes ; Nous dresserons aux Grecs la table du festin. Leurs épouses riront de notre obéissance; Et dans les coupes d'or où buvaient nos aïeux , Debout, nous verserons aux convives joyeux

Le vin, l'ivresse et l'arrogance.

Chantez cette Ilion proscrite par les dieux; Chantez , nous diront-ils , misérables captives , Et que l'hymne troyen retentisse en ces lieux. O fleuves d'Ilion, nous chantions sur vos rives,

Quand des murs de Priam les nombreux citoyens, Enrichis dans la paix, triompliaienl dans la guerre;

Mais les hymnes troyens Ne retentiront plus sur la rive étrangère !

UNE AUTRE

Si tu veux entendre nos chants , Rends-nous, peuple cruel, nos époux et nos pères, Nos enfans et nos frères !

Fais sortir llion de ses débris fumans ! Mais puisque nul effort aujourd'hui ne peut rendre La splendeur à Pergame en cendre , La vie aux guerriers phrygiens , Sans cesse nous voulons pleurer notre misère,

Et les hymnes troyens Ne retentiront pas sur la rive étrangère.

CHOEUR

Adieu , mânes sacrés des héros et des rois !

Adieu, terre chérie !

Doux sommets de l'Ida, beau ciel de la patrie, Vous entendez nos chants pour la dernière fois !

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Evo/tw afntrpov xaxov.

SiMONIDK.

Les ministres fougueux du tyran d'Eolie Troublaient au loin les airs de leurs longs sifïlemens Et des rochers émus jusqu'en leurs fondemens Amphitrite insultait la cime ensevelie

Sous ces monts écumans.

Un torrent pluvieux s'échappait des nuages , Et les pâles clartés que vomissaient leurs flancs

Sillonnaient les flots turbulens

De cet océan sans rivages.

Le front déjà voilé des ombres du trépas , Seule sur un esquif, Danaé gémissante Levait au ciel ses yeux éteints par l'épouvante ^ Ses yeux... Son jeune fils reposait dans ses bras. Enfin, avec transport sur son cœur clic presse

Ce fils, l'unique objet de ses mornes douleurs , Puis de ses froides mains doucement le caresse, Et lui (lit, le couvrant de baisers et de pleurs:

« Si jeune tu ne peux connaître Toute l'horreur de notre sort, Pauvre enfant, tu souris peut-être Au flot qui t'apporte la mort.

Pliébé, que ton céleste frère Abaisse ses regards sur moi ; Fils de Latone, souviens-toi Des infortunes de ta mère.

Hélas ! rallumant son flambeau.

Que l'aurore tarde à paraître !

Dieux ! quelle nuit et quel berceau Pour un enfant qui vient de naître!

() mon fils ! il n'est plus d'espoir!

Déjà l'abîme nous dévore :

DANAE. 221

Sur mon sein je te presse encore, Mais je ne dois plus te revoir, w

Cependant Jupiter a tressailli de crainte:

Pâle, il s'est élance, le courroux dans les yeux :

C'est un père, un amant, c'est le maître des dieux;

Il porte sur son front cette majesté sainte

Qui consterne la terre et fait trembler les cieux :

La foudre à son aspect se tait épouvantée :

A ses pieds les autans déposent leur fureur;

De la voûte du ciel, qu'elle avait insultée,

La mer précipitée Dans ses gouffres sans fond retombe de terreur. Il parle; Danaé tremble à sa voix chérie, Se courbe sous sa gloire, et frissonne, et s'écrie:

« Grâce , dieu redouté ; ne nous consume pas De l'éclat dévorant dont ta gloire est armée. Et toi, lève, ô mon fils, ta tête inanimée; C'est ton père , tends-lui les bras!

Il m'exauce , aucun bruit ne frappe mes oreilles ;

La nuit a rallumé ses astres radieux ; Tu souris, tes beaux yeux se ferment, tu sommeilles; Dors, mon fils, sur la foi des dieux. »

Elle dit, et l'esquif, sous un ciel sans nuage. Poussé par les zéphirs , glisse jusqu'au rivage. Danaé sur des fleurs dépose son trésor, Cet enfant qu'à regret les flots semblent lui rendre; L'écoute respirer, l'entend, l'écoute encor,

Ne peut se lasser de l'entendre ; Et le cœur agité d'un doux frémissement. Sentant son sein pressé par la bouche vermeille

De l'enfant qui s'éveille , Rend un pieux hommage à son céleste amant.

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