‹ [Œuvres]Chapitre 48 sur 76 · AU VALLON · texte numérisé non relu

AU VALLON

Puissent les noirs torrens , dont le cours inégal

Dans un lit de gravier gronde au pied des collines ,

Ne jamais obscurcir ton paisible cristal !

Puissent le dieu des champs et ses nymphes divines

Ecarter loin de toi le chasseur inhumain,

Quand, l'oreille aux aguets, sortant du bois voisin,

La biche au pied léger, ou le chevreuil timide

Vient se désaltérer à ta source limpide.

Ah ! si jamais le ciel, soigneux de mes plaisirs,

Fixe ma vie errante au milieu de ces plaines ,

Je veux que leur enceinte enferme mes désirs ,

Que mon travail soit libre ainsi que mes loisirs :

J'y veux couler en paix des jours exempts de peines.

Quand l'ardent Sirius blanchit l'azur des cieux ,

Quel bonheur de fouler des herbes verdoyantes ;

Ou dans les nuits d'hiver, quand un vent pluvieux

Vient battre à coups pressés les vitres frémissantes ,

De rêver à ce bruit qui vous ferme les yeux !

Si je meurs entouré de riantes images,

Je ne veux pour tombeau que ces gazons épais.

Les passans, fatigués de quelques longs voyages,

Pourront s'y reposer sous des peupliers frais ;

Mon ombre écartera de leur couche tranquille

L'insecte malfaisant, le reptile odieux :

Un regret, un soupir, en quittant ces beaux lieux,

D'ARGENTOL. 239

Me pairont au-delà mes soins et mon asile. Voilà mes seuls désirs : puissent-ils plaire aux dieux ! O vallon fortuné, paisibles promenades^ Tout ce faste imposant que Paris va m'offrir, Ces palais , ces jardins et leurs tristes Naïades , Du besoin de vous voir ne me sauraient guérir; Entre vos monts altiers, au bruit de vos cascades, Que ne m'est-il donné de vivre et de mourir!

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