DISCOURS EN VERS
Quels titres n'ont-ils pas à l'amour des humains
Ces mortels inspirés, dont les savantes mains
Pour nous de la nature ont percé les mystères ,
Dans des cercles connus ont fait rouler les sphères
Et , sondant l'infini , peuplé ses profondeurs
D'immobiles clartés et de feux voyageurs?
Leur sublime génie, à travers les nuages,
Osa ravir aux cieux le secret des orages;
A l'aide du cristal en prisme façonné.
Divisa les rayons du soleil étonné ;
Expliqua des couleurs les brillans phénomènes^
Et de notre pensée agrandit les domaines.
Mais reculer l'instant qui nous plonge au tombeau,
Des misères de l'homme alléger le fardeau, Détruire sans retour ce mal héréditaire Que l'Arabe a transmis au reste de la terre * , Qui trop souvent mortel, toujours contagieux. D'une lèpre inconnue a frappé nos aïeux, Qui n'épargne le rang, ni le sexe, ni l'âge, C'est le plus beau laurier dont se couronne un sage. Quelquefois le hasard nous prête son flambeau , Pour éclairer nos pas dans un sentier nouveau.
Au fond du Glocester, dont les vertes campagnes Nourrissent des taureaux les utiles compagnes , Jenner opposait l'art à ce fléau cruel , Tribut que la naissance impose à tout mortel. Ses bienfaisantes mains prévenaient la nature, Et, déposant au sein d'une heureuse blessure Du poison éprouvé le germe moins fatal. Transmettaient à la fois le remède et le mal **. C'est ainsi qu'avant nous les peuples de l'Asie Préservaient ces beautés, trésors de Circassie, Qu'un avide intérêt, par ce triste secours , Aux ennuis du sérail condamnait pour toujours.
* On sait que les soldats d'Qmar apportèrent la petite-vérole en Egypte , d'où elle se répandit dans le reste du monde.
** Jenner inomlait à Berkley, lorsqu'il décoiuTit la vaccine.