‹ [Œuvres]Chapitre 57 sur 76 · DE LA VACCINE. 2G · texte numérisé non relu

DE LA VACCINE. 2G

Beauté, fille des cieux, toi tlont la main léconde Se plaît à varier ses trésors enchanteurs, Joint la forme élégante à l'éclat des couleurs. Imprime au front de l'homme une mâle nohlesse, Et d'un sexe adoré fait régner la faiblesse; Premier lien des cœurs et volupté des yeux, Beauté , toi dont l'éclat sur des traits gracieux , Détruit avant le temps, passait comme un sourire, Nous pourrons désormais prolonger ton empire.

Mais le bruit du prodige à Londres se répand. Recueilli dans la plaie, un philtre bienfaisant, Fixé sur des tissus, prisonnier sous le verre, Sans perdre son pouvoir traverse l'Angleterre. Pour Jenner chaque épreuve est un succès nouveau. Vainqueur , devant ses pas il châsse le fléau. En vain dans ses fureurs une ignorance altière , Un bandeau sur les yeux, insulte à la lumière; Le fanatisme, en vain contre lui déclaré. Environne l'erreur de son rempart siacré ; Où règne la raison, l'erreur est sans défense; L'Angleterre examine, approuve et récompense. L'Anglais, né libre et fier, aime la vérité; Il la cherche, il la trouve, il marche à sa clarté. Estimé des Français , il leur doit son estime;

Mais avare en tout temps d'un tribut légitime,

Sans accorder l'éloge, il le veut obtenir.

Rivaux, si l'intérêt a pu nous désunir,

La justice en nos cœurs ne dut jamais s'éteindre :

Deux grandes nations s'admirent sans se craindre!

Voyez loin d'Albion ces Anglais courageux ,

A travers les écueils, sur les flots orageux ,

Du secret de Jenner propageant les merveilles ,

Semer sur d'autres bords l'heureux fruit de ses veilles.

Fendez le sein des mers , hardis navigateurs !

Les autans enchaînés suspendent leurs fureurs ;

Un dieu veille sur vous, un dieu doit vous conduire.

Abandonnez la voile au souffle du zéphire ,

Le ciel est pur, la nuit prodigue ses flambeaux,

Et les sœurs de Thétis entraînent vos vaisseaux.

Déjà vous atteignez, par-delà le Tropique,

Le vaste continent que baigne l'Atlantique.

Le vaccin voyageur parcourt ces bords lointains

Où le moka doré mûrit pour nos festins.

Et ces vallons peuplés de jeunes bayadères ,

Dont Madras a tissu les parures légères.

Il pénètre à Bagdad, aux murs de Bassora

Que le myrte enrichit des larmes de Myrrha,

Dans ces champs , où de loin le voyageur admire

Quelques débris épars des grandeurs de Palmire,

DE LA VACCINE. :>(îî)

Aux lieux où Constantin a fondé ses remparts,

Et sous le ciel glace de l'empire des Czars.

Mais volons sur ses pas aux rives de la France.

Le bruit de ses bienfaits vainement le devance;

La folle confiance , aux regards effarés,

Adopte les récits par l'effroi consacrés.

Des crimes cle Jenner quelle absurde chronique!

L'un croit trouver la mort dans ce philtre magique;

L'autre croit voir sa fille, errante aux pieds des monts,

Fouler, nouvelle lo, le thym et les gazons *;

Et chacun, s'obstinant dans l'erreur qui l'obsède.

Veut expirer du mal, par la peur du remède.

Un plus hardi paraît, et seul mieux inspiré,

Hasarde un premier pas trop long-temps différé.

Son audace est heureuse, un autre se rassure;

Un troisième après lui veut tenter l'aventure.

Chaque jour est marqué par de nombreux essais :

Paris donne l'exemple au reste des Français:

Aux leçons de Paris la province est docile ,

Et bientôt le village ose imiter la ville.

Loin du toit fastueux par le riche habité.

* Quelques habitans de la campagne, même dans les environs de Paris, uut poussé la folie jusqu'à croire que le vaccin pouvait leur faire prendre la forme de l'animal qui le fournit.

J'ai vu dans les hameaux la sainte humanité, A des travaux pieux consacrant ses lumières, De la contagion affranchir les chaumières.

Quand sous l'humble clocher du temple villageois, L'airain qui frappe l'heure avait frémi deux fois ; Yêtu, comme aux beaux jours, de sa blanche tunique Le chantre précédé d'un tambour pacifique , Du docteur redouté proclamait le retour ; Femmes, enfans, vieillards se pressent à l'entour. Ce mortel si terrible à leurs yeux se présente. Ses regards paternels dissipent l'épouvante , Il rassure la mère , il sourit aux enfans , Il prédit au vieillard qu'il doit vivre cent ans. Sous le chaume bientôt la foule se rassemble ; On entre, on est assis, de nouveau chacun tremble. Ils répondent par ordre à l'appel du pasteur; Une bourse à la main , de loin le bon docteur Montre au plus intrépide un prix de sa vaillance; Le magister sourit d'un air de défiance, Et les traces d'un mal, qu'il a trop mérité. Ont gravé sur son front son incrédulité. L'instant fatal approche; il faut qu'on se décide... Des assistans nombreux quel est le moins timide? Qu'il se signale ! Il vient ; tous au fer menaçant

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