‹ [Œuvres]Chapitre 67 sur 76 · Livre-toi tout entier à la douceur secrète · texte numérisé non relu

Livre-toi tout entier à la douceur secrète

D'ensevelir ta vie au fond d'une retraite.

Sans t'épuiser en soins, sans te perdre en projets,

Laisse errer ton esprit sur la fleur des objets;

Repoussant loin du mien l'aliment qui l'accable ,

Je cherche à le nourrir d'une science aimable.

J'exerce ma raison avec timidité ;

J'adore sans orgueil la sainte vérité.

Virgile ou Cicéron m'enflamme à son génie ;

Ils me font tour à tour fidèle compagnie.

Que j'aime Cicéron lassé du consulat.

Préférant Tusculum aux pompes du sénat!

Entouré de faisceaux, je l'admirais dans Rome ;

Là, je vois l'homme heureux qui vaut bien le grand homme.

Le sort m'a-t-il repris ses présens incertains , L'étude moins trompeuse adoucit mes chagrins ; De mes sens agités calme l'inquiétude , Dissipe mes ennuis, peuple ma solitude.

O champs de la Neustrie , 6 fertiles vallons ! Quand la fraîcheur du soir descend du haut des monts, Sous des pommiers en fleurs, à l'ombre des vieux chênes. Laissez-moi m'égarer aux bords de vos fontaines ! L'aspect de l'univers m'élève à son auteur;

Il me révèle un dieu , mais un dieu bienfaiteur. J'apprends à mépriser cette horreur fantastique Qu'au chevet des mourans plaça la politique. Doit-on dans ses décrets prévenir l'Eternel ? Mortel , songe à toi-même en jugeant un mortel ; Et, faible comme lui, ne sois pas plus sévère Que ce dieu qui pardonne ou qui punit en père. Avons-nous à pleurer la perte d'un ami ? Notre esprit est plus fort par l'étude affermi. Que c'est bien à mon sens la volupté suprême , D'oublier les humains, de descendre en soi-même , De fixer dans son cœur, trop long-temps combattu , L'inaltérable paix que donne la vertu ! Fais-toi donc de te vaincre une douce habitude ; Oui , consacre ta force à cette noble étude ; Elle est digne de l'homme, elle mène au bonheur : Apprends, pour être heureux, à devenir meilleur.

Mais je vous vois sourire, auguste Aréopage ; « Docteur, me dites-vous, c'est raisonner eu sage : « Pour vous l'étude obscure a seule des douceurs ; « Vous rimez cependant en blâmant les neuf Sœurs... « J'entends, brûlezmes vers. Dans l'ardeur d'un beau zèle, Je condamnais la gloire et l'étude avec elle. Ingrat, je blasphémais ; leurs rêves séduisans

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