‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 11 sur 489 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

?î'eùt déjà dans son sein fait couler le poison , Je revolai vers lui : je courais, éperdue, Briser la coupe impie à mes pieds répandue , Ou peut-être , d'un trait l'épuisant à ses yeux , Apaiser par ma mort la nature et les cieux ; J'entrai : pour me punir, ce ciel impitoyable Avait déjà rendu mon crime irréparable , Trop jaloux de ravir à ce cœur déchiré Le fruit du repentir qu'il m'avait inspiré.

ELVIRE

0 ciel !

GERTRUDE

Dans ma terreur, je pris soudain la fuite. Je rejetai d'abord une importune suite : Dans mon appartement , seule avec mes remords , Je croyais sans témoins céder à mes transports. Mes sanglots, mes discours t'en ont appris la cause. Mon cœur d'un tel secret sur ta foi se repose. Je n'en murmure point ; j'accepte , je le doi , Le supplice nouveau de rougir devant toi. Hélas I depuis l'instant qui me fit parricide , J'ai toujours devant moi vu la coupe homicide. Elvire ! eh I quel bonheur puis-je encore espérer , Quand mon fils sous mes yeux est tout près d'expirer? Plus d'époux , plus de fils. De mon hymen funeste L'horreur d'un parricide est le fruit qui me reste; Et la nature exprès , pour mieux percer mon cœur , Jusqu'en mon propre sein s'est cherché son vengeur.

ELYIRE,

Ce fils respire encor : c'est à vous de connaître De quel sujet caché ses douleurs ont pu naître. Rien d'un si juste soin ne peut vous dispenser : Car je ne croirai pas que, prompte à l'époaser , Claudius...

GERTRUDE

Nous, grands dieux ! que l'hymen nous unisse ! Que du soleil pour moi le flambeau s'obscurcisse Avant qu'un nœud si saint puisse assembler jamais Deux cœurs infortunés , unis par leurs forfaits ! Ce qui me plaît, Elvire, en mon trouble funeste , C'est de sentir au moins combien je me déteste. Je voudrais quelquefois, dans mes justes transports, A l'univers entier déclarer mes remords. Il semble à ma douleur qu'un aveu si terrible Rendrait des dieux pour moi le courroux plus flexible. Ah ! si ces dieux vengeurs , me dérobant leurs bras , Avaient dès ce jour même ordonné mon trépas! Si par la main du fils ils punissaient la mère! S'ils voulaient d'un exemple épouvanter la terre... Moi, je craindrais , ô ciell de voir contre mon flanc S'armer mon propre ouvrage et les fruits de mon sang ! Mais que dis-tu , barbare , et quel est ton murmure! N'as-tu pas la première étoufle la nature ? Ta rage à ton époux osa ravir le jour. Crains ton fils, malheureuse, et frémis à ton tour.

ELVIRE

Ah ! dissipez, madame, une crainte funeste.

Vous connaîtrez bientôt... Mais j'aperçois Norceste.

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