SCÈNE II
ADMÈTE, ALCESTE
Cher époux , je te vois : les fières Euménides N'ont donc point prononcé des arrêts homicides? Le ciel protège Admète. Oh! combien j'ai tremblé Jusqu'au moment terrible où l'oracle a parlé ! Je te demande encore à la nature entière. Chacun de tes enfants m'a présenté son père , Chacun de tes sujets m'a présenté son roi , Et mon époux partout s'est offert devant moi.
Mais as-tu de ton peuple observé la tendresse?
0 moment pour ton cœur plein de charme et d'ivresse !
Comme il craint pour tes jours ! comme il chérit tes lois!
Ah ! c'est dans leurs périls qu'on peut juger les rois !
Du coup dont je tremblais ils frémissent encore.
ADMÈTE
Trop juste sentiment d'un peuple qui t'adore ! Ah! puisse-t-il long-temps, heureux dans l'avenir, De mes faibles bienfaits garder le souvenir!
ALCESTE
T-e ciel vient de calmer sa tendresse inquiète. Que devenais-je , hélas ! s'il eût proscrit Admîte? ]\Ioi te perdre? grands dieux! Admète, ah! tu crois bien Que mon trépas d'abord aurait suivi le tien. Cet éternel adieu, cet abandon terrible , L'aurais-je supporté, moi , dont le cœur sensible Au seul son de ta vpix est prêt à s'émouvoir, Qui cesserais de vivre en cessant de te voir! Qui ne saurais une heure endurer ton absence. Qui craindrais moins la mort que ton indifférence; Moi qui n'entrevois pas , même dans l'avenir, Qu'aucun moyen jamais puisse nous désunir? JVon , je ne conçois point, de tes vertus ravie , De terme à mon bonheur, ni de terme à ta vie.
ADMÈTE
Ma chère Alceste... ah! dieux!
ALCESTE
Veux-tu qu'en ces moments Je fasse à tes regards amener nos enfants? Veux-tu...?
ADMÈTE
Non . . . garde-leur ce cœur sensible et tendre : A tes secours , Alceste , ils ont droit de prétendre ; Et si leur père un jour...