ACTE ÏIL
SCEJNEI.
VOLlMCE, seul.
Quel désir inquiet, quel trouble involontaire M'entraîne malgré moi dans ce lieu solitaire? Comme si quelque instinct me forçait d'y chercher Ces sinistres autels que je crains d'approcher?
1! regarde !e temple des Eiiménidts.
Le voici donc ce temple où, du crime ennemies. Pour punir mes pareils habitent les furies , Ces déesses qu'OEdipe, armé de tous ses droits, Contre des fils ingrats invoqua tant de fois. Noires filles du Stys, c'est à votre colère Que je dévoue ici mon détestable frère : Accumulez sur lui des tourments mérités, Et tels que je voudrais les avoir inventés. Egalez , s'il se peut , vos transports à ma rage. S'il demeure impuni , son crime est votre ouvrage. Que dis-je ! de quel front m'élever contre lui ! Et, quand je lui ressemble, implorer votreappui! Lorsque Admète périt , comment votre justice Laisse-t-elle un moment respirer Polynice? Malgré tant de vertus , Adrnète est condamné; Malgré tant de forl^xiis, m'auriez-vous épargné? Je veux les consulter... Que pourrais-je en apprendre? L'oracle est dans mon cœur, c'est à moi de l'entendre. Ce cœur , pour consoler mes destins malheureux , Ne me répondra point que je fus vertueux.
j-2 OEDIPE CHEZ AD.ViETE.
3.Jais quel csl donc mon sort , sans Irôuc , sans patrie? Je ne sais, mais je sens dans mon âme flétrie Un trouble, une douleur qui m'obsède en tous lieux. Hélas ! aucun vieillard ne se montre à mes yeux Qu'une voix ne me crie : u Ingrat, voilà ton père. (( Vois-tu ses clieveux Maucs , ses vertus , sa misère? >> Est-il vivant ? — Quel temple et quel désert affreux I Des antres , des rochers , des cyprès ténébreux : D'un nouveau Cythéron tout m'offre ici l'image. Mais quel vieillard souffrant , appesanti par l'âge , ^l'apparaissant de loin sous ces tristes rameaux, Traîne un corps affaibli, caché sous des lambeaux? Sous l'habit d'une esclave , une femme attentive Prête un appui fidèle à sa marche tardive. Le remords n'abat point leur front chargé d'ennui... Si c'était. ..Avançons... C'est mon père , c'est lui ; J'ai reconnu ma sœur. 0 trop chères victimes ! Fuyons... en les voyant, je crois voir tous mes crimes.
Il s'échappe à travers le bois de cyprès.