‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 131 sur 489 · ACTE m, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE V. i

ANTIGONE, à Œdipe.

Ah ! revenez à vous : Admète est en ces lieux ; Il contient les transports d'un peuple furieux ; Ce héros près de lui nous donne une retraite.

ADHiiÈTE , pre7iant et serrant la viaiti cVOEdipe. Ma main est le garant qui vous répond d'Admète.

OEDIPE

Admète , est-il bien vrai ? Quoi donc ! votre bonté Nous accorde un asyle et riiospitalité.

ADMÈTE

Faut-il qu'un tel bienfait vous frappe et vous étonne? J'ai pour vous le respect et le cœur d'Antigone.

OEDIPE

La tendre humanité ne peut aller plus loin ; Les dieux reconnaîtront un si généreux soin. Vous offrez tous les deux la vertu la plus pure : L'un honore le trône, et l'autre la nature.

ADMÈTE

Je plains plus que jamais les princes malheureux.

OEDIPE

Qu'aliez-vous faire , hélas ! prince trop généreux. Le peuple est alarmé : peut-être ma présence Entre ce peuple et vous romprait l'intelligence. Sur vous si quelque orage était prêt d'éclater, Moi-même à mes destins je pourrais l'imputer. Vivez : que votre hymen laisse à votre fanaille Quelque appui généreux qui ressemble à ma fille ; Qu'il égale à jamais , par ses félicités , Et ma reconnaissance , et mes calamités. Mon Antigone, allons, conduis encor ton père.

ADMÈTE

Non , restez; pour patrie adoptez cette terre.

OEDIPE

Souvenez-vous de Thèbe.

i86 ŒDIPE CHEZ ADMÈTE.

ADMÈTE

Il n'en est plus pour vou L'univers vous poursuit*, le ciel sera pour nous. Vos malheurs sont vos droits -, vos vertus sont vos titres. Entre ce peuple et moi que les dieux soient arbitres.

OEDIPE

Eh bien ! j'obéis donc. Ecoutez-moi , grands dieux ! J'ose au moins sans terreur me montrer à vos yeux. Hélas ! depuis l'instant où vous m'avez fait naître , Ce cœur à vos regards n'a point déplu peut-être. Vous frappiez , j'ai gémi. J'entrerai sans effroi Dans ce cercueil trompeur qui s'enfuit loin de moi. Vous savez si ma voix , toujours discrète et pure , S'est permis contre vous le plus faible murmure : C'est un de vos bienfaits, que, né pour la douleur, Je n'aie au moins jamais profané mon malheur. Vous voyez que ce corps et chancelle et succombe '■ Où daignez-vous enfin m'accorder une tombe ? Répondez à ma voix, tristes divinités.

On entend le bruit de plusieurs tonnerres souterrains , mél^s à des

cris de douleur et à des accents lamentables.

ANTIGONE

Tonnerres , feux vengeurs , dieu terrible , arrêtez : Qui peut dans ce moment armer votre colère?

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