ACTE IV, SCENE L
La paix, la douce paix n'a point fui loin de vous. Le ciel à vos vertus devait un autre frère. 11 vous fit naître exprès pour consoler un père. Vous avez jusqu'ici , par le sort agités , Confondu vos soupirs et vos calamités -, L'équitable avenir, qui jamais ne pardonne, Confondra les deux noms d'OEdipe et d'Antigone. Nous j serons connus (le ciel Ta prononcé), Vous pour l'avoir suivi , moi pour l'avoir chassé. Sous quels noms différents on nous rendra justice I Pour dire un fils ingrat on dira Polynice.
ANTIGONE
Eh! mon frère, oubliez...
POLYNICE
Ah I ce sont vos secours Qui d'OEdipe souffrant ont prolongé les jours. Vous n'avez point quitté notre malheureux père.
ANTIGONE
La mort d'Admète , hélas ! va combler sa misère : Il croit que sou destin porte ici le trépas, Et que c'est Thèbe encor qui renaît sous ses pas. Dans son cœur oppressé sa douleur se rassemble ; Ses antiques malheurs s'y réveillent ensemble. Son calme m'épouvante. Il ne s'est point, hélas 1 Ni penché sur mon sein, ni jeté dans mes bras. Immobile , et plongé dans une horreur muette , Il murmure les noms de Laïus et d'Admète •, Sa bouche avec effort commence quelques mots , Qu'arrachent ses douleurs, qu'étouffent ses sanglots ; Pour calmer ses tourments ma voix n'a pi us de charmes ; De ses yeux desséchés j'ai vu sortir des larmes •, Jamais ennui plus sombre et chagrin plus profond Depuis qu'il est^rrant n'a pesé sur son front. En vain les dieux ici marquent notre reiraite:
içjo OEDIPE CHEZ ADMETE.
Il ne voudra point vivre où doit mourir Admète.
Que dis-je? vivre ! Hélas! (l'instant n'en est pas loin)
De son trépas bientôt je vais être témoin •,
Ou , s'il respire eucor, loin d'écouter nos larmes,
Quel peuple contre nous ne prendra point les armes î
Je vois partout la mort , le péril, la douleur.
Ce n'est que d'aujourd'hui que je sens mon malheur.
Le courage, l'espoir, la force m'abandonne.
Dieux ! pour OEdipe encor ranimez Antigone I
Seul , proscrit, fugitif, il n'a que moi d'appui ;
En veillant sur mes jours , vous veillerez sur lui.
Voici mon dernier vœu, faites qu'il s'accomplisse :
Que le même cercueil , s'il se peut , nous unisse ,
Que nous goûtions du moins , après tant de travaux ,
Dans un commun sommeil , l'oubli de tous nps maux.
POLYNICE
Ma sœur, dans ce palais vous n'avez plus d'asyle. J'ai vu l'emportement de ce peuple indocile ; Il croit que , leur portant le désastre et l'eflroi , OEdipe est seul auteur de la mort de leur roi. S'ils allaient, juste ciel ! s'immoler notre père! Ne délibérons plus : tandis que leur colère Ne porte point sur vous leurs sacrilèges mains, De Thèbe tous les trois reprenons les chemins. Dans la Grèce déjà mes drapeaux vous attendent j Mes alliés sont prêts , et mes chefs vous demandent. Hâtons-nous de quitter ces funestes climats.
ANTIGONE
Mais vous, par quel revers, si loin de vos états , Implorez- vous ici des arm.es étrangères?
Connaissez-vous si mal nos destins et vos frères?
Jugez de la fureur qui doit nous possédei^
L'un veut reprendre un sceptre, et l'autre le garder.