‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 142 sur 489 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Tu n'es plus leur victime; Ton trépas était juste 5 il deviendrait un crime.

ADMÈTE

Tu prétends...

ALCESTE

Je le veux. N'es-tu pas mon époux?

Va, j'ai craint ta tendresse , et non pas ton courroux. As-tu cm posséder, dans ton péril extrême , Un ami plus fidèle ou plus sur que moi-même? Si je m'oôie à ta place , ehl quel autre que moi A le droit d'y prétendre et de mourir pour toi? L'amour de tes parents t'eût conservé la vie. Leurs coeurs s'enflamment-ils d'uue si noble envie? Le trépas à choisir n'est plus qu'entre nous deux : Je le prends pour moi seul , et n'attends plus rien d'eux. S'ils l'avaient accepté , j'irais avec justice Leur disputer l'honneur d'un si grand sacrifice.

ADMÈTE

Ta générosité , tes vœux sont superflus •, C'est par mon trépas seul. . .

ALCESTE

Il ne t'appartient plus.

Tes jours me sont acquis*, c'est le prix de mes larmes Des pleurs de tes enfants , de ton peuple en alarmes , De l'état tout entier, qui, pour sauver son roi, S'est placé par ses cris entre les dieux et toi.

AD:^rÈTE.

Des princes de ma race ils ont éteint le zèle.

ALCESTE

Pour m'accorder l'honneur d'une mort aussi belle.

AD]\IÈTE.

Pour me rendre au trépas.

200 OEDIPE CHEZ ADMETE.

ALCESTE

Pour forcer ton devoir A régner sur un peuple heureux par Ion pouvoir. Va , les rois qu'on chérit sont des dons assez rares Pour que d'un tel hienfait les destins soient avares. J'en peux juger sans doute. Eh! qui connaîtrait mieux Les vertus de l'époux que j'ai reçu des dieux I Tu ne peux faire un pas , que la patrie entière , Que mille cris confus ne te nomment leur père , Qu'ils n'élèvent au ciel leurs innombrables mains. Que les fleurs sous tes pas ne couvrent les chemins. Vois leur zèle éclatant , vois la publique ivresse , Ce concours, ces transports témoins de leur tendresse ; Vois ces temples ouverts, où l'encens allumé... Tu le sens , cher Admète , il est doux d'être aimé. JVe cache point tes pleurs si dignes d'un monarque : Ils sont de tes vertus une infaillible marque. Vois quels sont sur les cœurs ton empire et tes droits. L'amour du peuple , Admèie, est le trésor des rois.

ADMÈTE

Non , non , dans l'univers je ne vois rien qu'Alceste^ Je rends à mes sujets leurs vœux que je déteste ; Si ce sont tes soupirs qui m'ont sauvé le jour, Je te rends à toi-même un trop fatal amour. ALCESTE.

Je ne t'écoute plus.

ADMETE.

Reviens ici , cruelle.

Descends-tu sans frémir dans la nuit éternelle?

ALCESTE

Mort ou vivant, n'imporle -, aux enfers , dans les cieux. Un cœur juste est partout sous la garde des dieux. C'en est assez, sortons.

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