ACTE V, SCÈNE II
Hélas ! depuis qu'au jour j'ai fermé ma paupière , Ses yeux n'ont pas cessé de veiller sur ton père. Elle a guidé mes pas, sans plaintes, sans regrets , Sur les rochers déserts, dans le fond des forêts. Quand le soleil brûlant dévorait les campagnes , Quand les vents orageux grondaient sur les montagnes ; N'entendant autour d'elle, à la fleur de ses ans. Que les sanglots d'un père et le bruit des torrents ; Et si dans le sommeil quelque songe exécrable, M'ofFrant de mes destins la suite épouvantable , Me réveillait soudain avec des cris d'effroi , Elle essuyait mes pleurs , ou pleurait avec moi.
POLYMCE.
Ah ! ne me parlez plus de ses soins magnanimes :
En peignant ses vertus, vous peignez tous mes crimes.
(^ue le cercueil déjà ne m'a-t-il englouti I
OEDIPE
As-tu donc oublié que tu t'es repenti?
Vis pour chérir ta sœur, et renonce à l'empire.
POLYNICE
Il est une autre gloire où mon courage aspire.
Dieux I quel espoir me luit 1 Je crois , ma sœur, je croi
Respirer l'innocence et m'égaler à toi.
Va, je ne craindrai plus que ce sang qui m'anime
Même au sein du remords ne me rengage au crime ;
Et voici , pour mon cœur si long-temps agité ,
Le plus heureux moment qu'il ail jamais goûté.
OEDIPE
Tu n'y sens plus frémir la haine et la colère?
POLYNICE
Je sens qu'en ce moment j'embrasserais mon frère. Adieu , mon père , aiieu !
ANTIGOISTE.
Ciel ! il m'échappe.
Adieu.
216 OEDIPE CHEZ ADMETE.
POLYNICE