‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 150 sur 489 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

OEDIPE

Eh bien !

POLYXICE.

Je meurs.

OEDIPE

Polynice, est-ce toi?

POLYXICE.

Nous le vaincrons, ma sœur : joignez- vous avec moi.

Que dis- tu?

ANTIGONE

Permettez...

OEDIPE, à Antigone.

Ah ! soutiens ma colère -, A flFer mis-la plutôt.

AXTIGOXE.

Seigneur, il est mon frère.

OEDIPE

Qu'entends-je? où suis-je?... 0 ciel! si c'était la vertu ! Je balance... je doute... Ingrat , te repens-tu 1 Ne me trompes-tu pas? Puis-je te croire encore?

ANTIGOXE.

Je vous réponds de lui.

OEDIPE

Dieux puissants que j'implore I Dieux ! vous que j'invoquais pour sa punition , Enchaînez, s'il se peut, ma malédiction : J'ai calmé mon courroux , calmez votre colère. Viens dans mes bras , ingrat ; retrouve enfin ton père. Que le jour un moment rentre encor dans mes yeux , Pour embrasser mon fils à la clarté des cieux.

POLYXICE.

Quoi I vous m'aimez encor I Quoi ! déjà votre haine —

OEDIPE

Crois-tu qu'à pardonner un pare ait tant de peine!....

Mais, dis-moi, Polynice, en quel état es-tu?

De quoi t'a-t-il servi de quitter la vertu ?

Moi qui , sous l'ascendant de mon destin funeste ,

Ai joint le parricide aux horreurs de l'inceste-,

Qui , délaissé des miens , proscrit dès mon berceau ,

Ne sais pas même encore où chercher un tombeau j

C'est moi dont la pitié console ta misère.

Et toi, né pour régner sous un ciel moins contraire ,

Détrôné, furieux, errant, saisi d'effroi.

Tu reviens à mes pieds plus à plaindre que moi !

Ah ! vois mieux du bonheur quel est le vrai principe.

L'univers, tu le sais , frémit au nom d'OEdipe.

Sur mon front cependant, dis-moi , reconnais-tu

L'inaltérable paix qui reste à la vertu?

Je marche sans remords vers mon dernier asyle :

OEdipe est malheureux , mais OEdipe est tranquille.

Imite , aime ta sœur -, ne l'abandonne pas -,

Et puisque , grâce au ciel, je touche à mon trépas...

ANTIGONE

Que dites- vous?

OEDIPE

Écoute. Il est temps que je meure ; Je sens qu'OEdipe enfin touche à sa dernière heure.

Mon frère , il va mourir.

POLYNICE

Quoi ! seigneur !

OEDIPE

Mes enfants .

Point de cris , point de pleurs ; et je vous les défends. Polynice , en tes bras je remets Antigone : C'est ta sœur.... c'est la mienne.... et je te l'abandonne. Je vais bientôt mourir -, elle n'a plus que toi. Fais pour elle, mon fils , ce qu'elle a fait pour moi.

Page 1