ACTE V, SCÈNE VII. ?i
J'ai mérité l'honneur de suspendre vos coups. Du trône en expirant j'emporterai l'oflense : Mourir pour ces époux, voilà ma récompense. Vous m'avez réservé pour ce noble trépas. Mais le marbre s'ébranle, il frémit sous mes pas. Quel rayon descendu sur ces autels funèbres Me luit confusément à travers les ténèbres? Grands dieux ! par vous bientôt mon âme va s'ouvrir A ce jour éternel qui doit tout découvrir ! L'ouvrage est accompli , je peux quitter la terre. A mes yeux étonnés vous rendez la lumière ; Votre éclat immortel m'offre un séjour nouveau. Vous allez en autel convertir mon tombeau. ^
Tout fuit, le temps n'estplus; jemeurs, je vais renaître. Je vous suis, je vous vois; vous daignez m'apparaître. Votre calme éternel succède à mon effroi ; Et Thèbe et Cythéron sont déjà loin de moi.
ANTIGONE
Hélas !
OEDIPE
Que ta douleur , ma fille , se dissipe. Est-ce au moment qu'il meurt qu'on doit pleurer OEdipe? J'ai prouvé, grâce au ciel , sans en être abattu , Qu'il n'est point de malheur où survit la vertu. Mais je sens que mon âme , en dédaignant la terre , Â l'approche des dieux s'agrandit et s'éclaire. Il est temps que, sans crainte, oubliant ses forfaits , OEdipe dans leur sein se repose àjamais. Antigone, tu sais si mon cœur te regrette. Enfin , le ciel m'inspire. Approchez-vous, Admète. Je vous lègue , en. mourant , pour protéger ces lieux , Et ma fille , et ma cendre , et la faveur des cieux. Et vous, dieux tout-puissantsisivousdaignezm'absoudre. Annoncez mon pardon par le bruit de la foudre ;
2>o OEDIPE CHEZ ADMÈTE.
Consumez dans ses feux votre OEdipe à genoux. 11 s'oflfre, il vous iniplore; il est digne de vous. Soixante ans de malheurs ont paré la victime... Mais quel nouveau transport me saisit et m'anime ! Mon esprit se dégage, il n'est plus arrêté. Je tombe, et je m'élève à l'immortalité.
L'éclair brille , la foudre gronde, et renverse OEdipe mourant ai pied de l'autel.
FIN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
Représentée pour la première fois en 1785.