ACTE I, SCENE V
EDGARD
LE COMTE
LÉNOX.
Arrête.
Achève.
Que faire , ô ciel !
LE COMTE
Poursuis.
EDGARD
Tout mon cœur se soulève.
A Lénox , en lui montrant I* comte.
Regarde en quels périls un mot va le plonger.
LE COMTE
N'importe.
EDGARD
Ils sont affreux.
LE COMTE
Je veux les partager.
EDGARD
Dans notre résistance unissons-nous , mon frère, Et craignons d'exposer une tête si chère.
LE COMTE
Non , non , je ne suis point trompé par ce détour. Les desseins généreux ne craignent point le jour. Demande à tes aïeux , à ces guerriers célèbres , S'ils dérobaient ies leurs dans la nuit des ténèbres. Pour venger l'innocence et sauver la vertu, C'est toujours en champ clos qu'ils ont tous combattu , Ils voulaient des témoins, et toi, tu les redoutes. Mon fils ne marche pas dans de si nobles routes : Car , qui m'assurera si , troublant mon repos , Tes projets ignorés ne sont pas des complots , Si tu n'en seras pas la première victime, S'ils ne respirent pas et l'audace et le crime,
Et si leur fruit honteux, par un mortel affront , i\e va pas avilir et ma race et mon front?
EDGARU.
Et c'est mon père, ô ciel I qui me fait cette injure! Votre nom s'en indigne, et ma gloire en murmure. Mais je suis votre exemple , et c'est sur vos leçons Que j'appris à braver les injustes soupçons. Xe me reprochez pas un coupable mystère : Hé! puis-je à mes périls associer mon père? J'imiterai si bien nos illustres aïeux, Qu'à mon tour sur Edgard j'attacherai leurs yeux. En expirant du moins nous nous ferons connaître. Mais avec tant d'éclat qu'on vous verra peut-être Porter vous-même envie à des trépas si beaux, Et de pleurs d'alégresse arroser nos tombeaux. Que dis-je? dans vos bras (tout m'invite à le croire) Nous reviendrons bientôt jouir de notre gloire. Heureux alors tous trois...
LE COMTE
Tes vœux sont superflus :
Ces bras, ces bras pour toi ne se rouvriront plus. Embrassez-moi, cruels.
LÉNOX.
Ce pardon me rassure.
LE COMTE
Est-il en mon pouvoir d'étouffer la nature? Ciel, qui sais leurs desseins, daigne les protéger I Je vais trembler pour vous.
EDGARD
Je crains peu le danger.
Allons , mon frère , allons ; j'ai besoin de ton zèle : Marchons où mes serments, où la vertu m'appelle.
Edsard sort avec Léiiox.