EDGARD, LÉNOX, LE COMTE DE KENT
LE COMTE
Suivez-moi, mes enfants. Ma triste expérience
Ne m'alarmait que trop sur votre longue absence.
J'ai craint que loin de moi quelque indigne raison
JN'écartât pour jamais l'espoir de ma maison.
Je viens pour vous chercher. C'est sur votre tendresse
Que Kent avec plaisir appuya sa vieillesse.
Ces paternelles mains, dans mon humble séjour.
Ne vous ont poiut formés pour les mœurs de la cour :
Rentrons dans nos déserts, où la vertu ternie
Ne frissonna jamais devant la calomnie.
Partons , mon cher Edgard.
A paît.
Hélas, mon pèrel Ah, dieux!
LE COMTE
Quel indigne lien vous enchaîne en ces lieux !
EDGARD
L!cl[;ard , auprès de vous , pour vous seul voudrait vivre. Je n'ose m'expliquer... mais je ne puis vous suivre.
LE COMTE
Ingrat , c'en est assez. Toi . Lénox , suis mes pas.
LÉNOX .
Mou frère a ses desseins; je ne le quitte pas.
LE COMTE
A Lénox. A Edgard.
Qu'entends-jel . . .Et ces desseins, quels sont-ils?
EDGARD
0 mon père!...
LE COMTE
Ya , je suis peu jaloux de percer ce mystère.
Je ne mi'étonne plus de ces retardements
Qui trompaient de mon cœur les plus doux mouvements.
Mes vœux les rappelaient vers mes tristes demeures;
Je hâtais le retour et la fuite des heures.
De quels tourments, ô ciel ! m'as-tu donc accable!
J'ai langui dans l'exil, à la brigue immolé-,
Et lorsque enfin des ans les ennuis m'environnent,
Ce sont mes propres fils, mes fils qui m'abandonnent.
Je vais donc loin de vous mourir dans les regrets.
Était-ce là , cruels , le prix de mes bienfaits ?
Un espoir vient de luire à votre âme inquiète :
Oui sait dans quel péril ce vain espoir vous jette 1 A Lénox.
Mon fils, va , ne crains rien , tu peux me confier
Le projet où ton frère osa t'associer.
Si l'honneur vous l'inspire. . .
LÉxNOX.
Eh bien!