LE COMTE DE KENT , VOLWICK
VOLWICK.
Seigneur, dans ce moment, un vieillard déplorable Que la crainte , la honte , et la misère accable , Attendant sous ces murs le retour de la nuit , Vient enfin d'implorer ma main qui l'a conduit.
25o LE ROI LÉAR.
En parlant de son sort , votre nom, qui le touche, Deux fuis avec tendresse est sorti de sa bouche. Instruit que dans ces lieux il pourrait vous revoir, Une douce espérance a paru l'émouvoir; Il voudrait vous parler.
LE COMTE
Quel est-il?
VOLWICK.
Je l'ignore.
Ses bras pressent son sein que le chagrin dévore. Au froid dur et cruel dont ses sens sont glacés Il joint le froid des ans sur sa tête amassés. Caché sous des lambeaux , un reste de richesse Semble encor de son rang accuser la noblesse. On lit avec pitié ses naïves douleurs Dans ses yeux affaiblis et creusés par les pleurs. Il disait : Mes enfants ! Les dieux, qu'il nous rappelle , Ont peint dans tous ses traits la bonté paternelle. J'ai cru qu'en rougissant, par ce muet discours. Sa pauvreté timide implorait mon secours. A pas silencieux, sous ce portique sombre. Troublé, couvrant sa tête, il s'est glissé dans l'ombre. Il est là.
LE COMTE
Qu'il paraisse.
SCÉINE III.