‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 179 sur 489 · I.ÉAR · texte numérisé non relu

I.ÉAR

Oui , cher Kent , contre moi je devrais m'indigner Si ton offre un moment avait pu m'étonner ; Mais (je t'ouvre mon cœur), quand je perds Volnérille, Régane dans ces lieux m'offre encore une fille. Il est vrai qu'alarmé par mon premier malheur, J'ai craint de la trouver trop semblable à sa sœur. Voilà par quel motif, injurieux peut-être , Je me suis devant elle abstenu de paraître 5 Mais j'ai senti mon âme , et même ma raison , Désavouer bientôt ce pénible soupçon.

Régane ne vient point (ami, tu peux m'en croire) Sous ses traits odieux s'offrir à ncia mémoire. Je n'ai point remarqué , dans ses plus jeunes ans , Qu'elle annonçât dès lors de coupables penchants. Pourquoi n'en pas goûter le favorable augure? Tout mon sang n'est pas sourd au cri de la nature.

LE COMTE

Seigneur...

LiiAR.

Je le sais trop , Léar est malheureux ; Mais les destins toujours ne sont pas rigoureux.

De mes filles , hélas 1 quand l'une nie déteste , II est bien juste, ami, que l'autre au moins me reste. Que veux-tu, mon cher Kent? pardonne à mes vieux ans: Je cherche encor, je cherche à trouver des enfants. Sur le bord du tombeau leur présence m'est chère ; J'aime à me voir en eux ; j'ai besoin d'être père. Excuse ma faiblesse.

LE COMTE

Eh bien , seigneur, du moins , Pour n'être pas trompés employons tous nos soins. Sorti d'un piège affreux, tremblez, dans votre fille, Tremblez de rencontrer une autre Volnériile. Je ne sais, mais mon cœur ne se rassure pas. Avant d'être éclairci , ne suivez point mes pas. S'il vous reste en ces lieux un seul sujet fidèle, Je saurai le trouver, interroger son zèle. Adieu, daignez m'attendre: et bientôt je revien, Si je puis obtenir cet utile entretien.

Il soit.

LÊAR, seul.

à'on, le sort à mes vœux ne sera plus rebelle,

Puisqu'il vient de me rendre un ami si fidèle.

Régane , en me gardant des sentiments plus doux.

Les aura fait passer au cœur de son époux.

L'homme est compatissant, il n'est point né barbare:

De monstres , grâce au ciel , la nature est avare.

0 dieux! de quels transports dans ses bras animé

Je vais goûter enfin le bonheur d'être aimé!

Ma fille, plus ta sœur outragea la nature,

Plus tes soins consolants vont charmer ma blessure.

Va, lorsque dans ton sein je vole avec ardeur,

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