ACTE III , SCÈNE VIII
Ne l'aimeriez- VOUS plus ?
LÉAR
Après , après mon crime , De ce fer à l'instant je m'immole à ses yeux. HELMONDE , aux genoux de Léar.
Mais si, par ses respects , ses soins religieux , Son amour...?
LÉAR
Écoutez : vous voyez ma misère ; Peut-être n'ai-je plus ma raison tout entière. Je doute, je ne sais si je dois écouter Un doux pressentiment qui cherche à me flatter -, C'est dans la sombre nuit un éclair qui me brille. Un tendre instinct me dit que vous êtes ma fille. Mais peut-être qu'aussi , pour calmer ma douleur , Votre noble pitié cherche à tromper mou cœur... Es-tu mon sang?
HELMONDE.
Mon père !
LÉAR
0 moment plein de charmes.
HELMONDE.
Helmonde est dans vos bras, voyez couler ses larmes.
LÉAR
Il tire son épée, et veut s'en percer. Eh bien ! puisque tu l'es , voilà mon châtiment.
HELMONDE.
Que faites- vous , grands dieux !
Je te venge.
HELMONDE.
Un moment I Je vous trompais, seigneur, vous n'êtes point mon père. I. 24
LÉAR
Oses-tu prendre un nom que la vertu révère I Va, ne m'abuse plus-, va , fuis loin de mes yeux. Helmonde, hëlas , n'est plus , et moi, je vois les cieux , Ces cieux de qui les traits n'ont point frappé ma tête! Arbres , renversez-vous I écrasez-moi , tempête ! Est-ce bien toi, cruel , dont l'injuste courroux Proscrivit la vertu tremblante à tes geuouxl
Les bras étendus vers le ciel.
Ma fille, entends mes cris! vois le coupable en larmes! Ma douleur, à tes yeux, peut-elle avoir des charmes? Va , tes sœurs m'ont puni. Connais encor ma voix; Je t'appelle , en mourant , pour la dernière fois. Pardonne à ce vieillard que le remords déchire.
II tombe sans mouvement sur un débris de rocher. C'est son cœur qui le venge, et c'est là qu'il expire.
HELMONDE , se jetant sur le corps de son père. Ah, dieux!
EDGARD , courant vers Helmonde.
Helmonde!
LE COMTE, relevant Lear avec le secours de JVorclète. Hélas ! ô mon prince ! ô mon roi !
HELMONDE.
Prenez soin de mon père, Edgard, et laissez-moi. Au comte , à Norclèle et à Edgard, en se joignant à eux.
Amis, que je vous aide! 0 mon auguste père î Que ne vois-je finir ma vie ou ta misère! 0 ciel ! dans son esprit ramène enfin la paix, Et daigne à ses douleurs égaler tes bienfaits ! Ils transportent Lear immobile dans la partie la plus profonde de la caverne, et on cesse de les voir.
FIN DU TROISIEME ACTE