‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 200 sur 489 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Avez-vous oublié que vous étiez ma fille? Vous en coùtait-il trop de vous laisser toucher Par mes tendres bienfaits qui venaient vous chercher? N'avez -vous pas senti l'inévitable empire Qu'exerce la bonté sur tout ce qui respire? Le tifjre , jeune encor, dans son antre cruel , Ne porte point ia dent sur le sein maternel : Et vous m'avez chassé, la nuit , moi , votre père , Qui n'a gardé pour lui que Texil , la misère I Si j'eus un trône, hélas 1 ce fut pour vous l'offrir. Quel crime ai-je commis que de trop vous chérir !

LE COMTE

Vous pleurez !

LÉAR

Oui, je pleure. Ah ! je sens ma blessure. Dans ces tristes forêts errer à l'aventure, Sans secours , sans asyle ! ô père infortuné ! Dieux ! ôtez-moi le cœur que vous m'avez donné.

Changeant de Ggure et de voix.

Je ne pleurerai plus.

HELMOXDE.

Il change de visage.

Il l'avait pressenti ce trouble et cet orage. Madamoie, son tourment n'est pas près de finir.

HELMONDE.

Près de lui , mes amis , il faut nous réunir.

LÉAR

A Norclète. Au comte et à Edgard.

Vieillard , approche-toi. Vous, de vos mains pressantes Etouffez, s'il se peut, leurs fureurs renaissantes.

HELMOXDE.

Comme son cœur frémit !

LE COMTE

De quel trouble il est plein I

28o LE ROI LEAR. .

Arrachez, mes amis , ces serpents de mon sein ! Ah , dieux ! ah , je me meurs !

HELMONDE.

Quel tourment il endure!

LÉAR

Je sens leur dent cruelle élargir ma blessure : Ils s'y plongent en foule: ils en sortent sanglants.

HELMONDE.

Ces monstres si cruels , ah ! ce sont ses enfants I

Les ingrats ! les ingrats !

HELMONDE.

Mes amis, il succombe...

Dieux ! daignez nous unir. Dieux ! ouvrez-moi la tombe.

LÉAR

Qu'entends-je I

HELMONDE.

Ma douleur.

LÉAR

Ah ! que ses traits sont doux!

Mon cœur est moins souffrant, moins triste auprès de vous- Elle était de votre âge.

HELMONDE.

Eh ! si le ciel propice, La rendant à vos vœux...

LÉAR

Oh ! voilà mon supplice:

Je n'oserais jamais...

HELMONDE.

Pourriez-vous bien , hélas I Prête à vous embrasser, l'écarter de vos bras !

LÉAR

Que dites-vous, ô ciel ! je verrais ma victime !

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