LE DUC DE CORNOUAILLES , RÉGANE, HELMONDE, GARDES
LE DUC
Madame , à notre aspect, votre cœur agité Conçoit par ses complots ce qu'il a mérité : S'il se sent criminel j il sait ce qu'il redoute.
Vous êtes tout-puissant : je dois frémir sans doute; Mais , quel que soit mon sort , j'ai rempli mon devoir. Il n'est plus qu'un malheur qui me puisse émouvoir : Je sens s'ouvrir mon âme aux plus vives alarmes.
3o4 I E ROI LEAR.
Et ce n'est pas sur moi que je verse des larmes. Hélas I soDgez du moins, quand je m'offre à vos coups, Qu'un vieillard vous implore , et tombe à vos genoux 5 II y courbe , en tremblant , sa tête paternelle. Souffrez que , sans témoins , à sa douleur fidèle, Dans mes bras quelquefois il puisse s'attendrir. Et , déjà dans la tombe , achever d'y mourir. A la même pitié je ne dois pas prétendre ; Mais si le sang aussi pour moi se fait entendre , Ne m'ôtez pas, ma sœur, ( leur terme n'est pas loin ) Quelques jours malheureux dont mon père a besoin. Quand il ne sera plus , tranchez soudain ma vie : Sans crainte alors...
RÉGANE.
De tout je veux être éclaircie.
HELMONDE.
Que me demandez- vous ?
LE DUC
Par quels moyens , pourquoi Le bras de mes sujets s'est-il levé sur moi ?
HELMONDE.
Hélas!...
LE DUC
Parlez, madame.
RJÊGANE.
Où donc est ce courage Qui d'un père opprimé devait venger l'outrage? Ce cœur si généreux l'a-t-il déjà perdu?
HELMONDE.
S'il m'avait pu trahir, vous me l'auriez rendu.
Ri;GANE.
Il est plus d'un secret dont il faut nous instruire 5 Et dans de tels forfaits...