‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 220 sur 489 · ACTE V, SCENE III. 5o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. 5o

HELMONDE.

Je vais tous vous les dire.

J'aime, j'aime mon père. Au bruit de ses malheurs , J ai voulu le venger ; j'ai senti ses douleurs. La cour, le peuple , Edgard , tous ont plaint son injure. J'ai pour mes conjurés le ciel et la nature.

LE DUC

Vous attendiez Léar dans cet antre odieux? Qui l'a guidé vers vous?

HELMONDE.

Les éclairs et les dieux.

LE DUC

Qui corrompit Edgard?

HELMONDE.

L'aspect de mes misères.

LE DUC

Vos complices?

HELMONDE.

Tous ceux qui respectent leurs pères.

LE DUC

Leurs noms ?

HELMONDE.

Je les tairai.

LE DUC

Je veux les découvrir.

RÉGANE.

Les plus cruels tourments...

HELMONDE.

Ma sœur, je sais mourir ; Vers un si beau trépas je marche enorgueillie. On cache ses forfaits; les miens , je les publie. Eh ! qu'avais-je besoin d'enflammer vos sujets? Ils couraient tous en foule appuyer nos projets ; Ils semblaient tous venger leur père et leur injure. I. 26

3o6 LE ROI LÉAR.

Le peuple avec transport sent toujours la nature. Tremblez, ingrats, tremblez : j'arme ici contre vous Les pères, les enfants , les femmes, les ëpoux.

Au duc.

Tyran , tu répondras des destins de mon père ; Te voilà de ses jours comptable à l'Angleterre. Tu frémiras peut-être en ordonnant les coups. Que dis-je? Ah ! pardonnez : je tombe à vos genoux. Vous n'avez rien à craindre. Oubliez mon offense ; Vous pouvez sans péril écouter la clémence. Duc, soyez généreux-, souvenez-vous, hélas I Que Léar vous donna sa fille et ses états. Ah ! ma sœur, apaisez sa fureur vengeresse. Du saint nœud de l'hymen attestez la tendresse. Si vous craignez leurs coups , pour désarmer nos dieux, Ma sœur, voyez mes bras étendus vers les cieux. J'oublîrai mes affronts , ma fuite , ma misère -, Non , je ne vous hais pas , si vous aimez mon père.

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