SCENE XII
LÉAR, LE COMTE DE KENT, GARDES DU DUC DE CORNOUAILLES, EDGARD, UN DES SOL- DATS DU DUC DE CORNOUAILLES, UN AUTRE DE SES SOLDATS, TOUS SES SOLDATS ou SON ARMÉE , LE DUC D'ALRANIE , HELMONDE , GARDES DU DUC D'ALRANIE.
LE DUC d' ALBANIE.
Il met Helmoude dans les bras de Léar. Léar, voilà ta fille.
J'avais tout craint d'Oswald; Oswald levait la main : J'ai couru l'arracher à ce monstre inhumain. Moi-même dans son sang j'ai noyé le perfide. Volnérille, en ces lieux, doublement parricide , Évitant mes regards, et voilant sa noirceur. Irritait sourdement les transports de sa sœur. On vient de les saisir. Le peuple est autour d'elles , Et veut, dans sa fureur, déchirer les cruelles. On s'écrie, on les traîne, au milieu des affronts, Vers un séjour d'horreur, vers des gouffres profonds Où la nuit et des fers , couvrant leurs mains impies, Au soleil pour jamais vont cacher ces furies. Leur crime a mérité le plus horrible sort 5 Mais , votre nom , seigneur, les dérobe à la mort. On bénit vos vertus , on court , on vole aux armes. Tous les coeurs sont émus , tous les yeux sont en larmes. Vivez, régnez, mon père.
5iG LE ROI LEAR.
LÉA.R
0 clémence des dieux, En regardant Helmonde.
De qpiel spectacle encor vous enivrez mes yeux 1
HELMONDE.
Entre les mains d'Edgard ils ont mis leur puissance , Pour punir des ingrats et venger l'innocence.
EDGARD
Hélas ! père trop tendre et roi trop généreux ,
En m'exposant pour vous, j'ai cru m'armer pour eux.
LÉAR
J'admire , en l'adorant , leur équité profonde. Approchez-vous, Edgard-, approchez-vous, Helmonde. Recevez, mes enfants, avec le nom d'époux. Celui de souverain qui m'est rendu par vous. Pour payer vos vertus , que sont des diadèmes I L'un à l'autre en présent je vous donne vous-mêmes.
Au duc d'Albanie , en lui montrant Helmonde. Duc , je te dois ses jours : jouis de tes bienfaits , En voyant les heureux que ta grande âme a faits. Que n'ai-je , ô mon cher fils, ô héros que j'adore. Une Helmonde à t'oflrir, s'il en était encore 1
En montrant Edgard et Helmonde au comte. Kent, voilà nos enfants; tu veilleras sur eux. Et vous , qui m'accordez ces amis généreux . Avant de m'endormir dans la nuit éternelle , Dieux ! laissez-moi goûter leur tendresse fidèle ! Si ma raison s'éteint , daignez la rallumer. Ou laissez-moi du moins un cœur pour les aimer 1
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE
MACBETH
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
Représentée pour la première fois en 1 784, et remise au théâtre avec des changements le i^' juin 1790.
Après avoir eu le bonheur de faire passer avec quelques succès sur la scène française plusieurs tragédies du célèbre Shakespeare, j'ai été tenté d'y faire connaître aussi son Macbeth , la plus terrible de ses productions dramatiques.
Peut-être aurais-je dû craindre que cette pièce , quoique fort applaudie à Londres , n'eût pas le même sort à Paris, à cause de la nature du sujet. Je me suis appliqué d'abord à faire disparaître l'impression toujours révoltante de l'horreur, qui certainement eût fait tomber mon ouvrage^ et j'ai tâché ensuite d'amener l'âme de mon spectateur jusqu'aux derniers degrés de la terreur tragique , en y mêlant avec art ce qui pouvait la faire supporter. Il m'a paru que mes précautions n'avaient pas été infructueuses , et que la critique même la moins indulgente , en attaquant mon sujet, ne me contestait pas du moins le mérite de la difficulté vaincue.
Quant à la manière dont j'ai traité le fond de ce sujet vraiment terrible , le lecteur verra ce qui m'appartient , et ce que je dois à Shakespeare , dont la traduction de M. Letourneur est entre les mains de tout le monde. Quant au style, je n'y ai laissé que le moins d'imperfections qu'il m'a été possible; et j'ai soigné de mon mieux mon dialogue , persuadé que la vérité dans les sentiments et dans les caractères est surtout ce qui anime un ouvrage dramatique.
Mais en cessant de parler de cette tragédie , dans laquelle j'ai fait des retranchements considérables d'après les avertissements du plus éclairé des juges , le public , ]e ne
puis m'empêcher de dire ici combien j'ai d'obligations aux talents de l'actrice qui a rempli le rôle de Frédégonde. Avec quelle sûreté de jeu, quelle supériorité d'intelligence, quelle souplesse et quelle vigueur elle a rendu la brûlante ambition , l'infernale adresse et l'exécrable fermeté de ce personnage ! comme elle a été surtout extraordinaire , au cinquième acte, dans sa scène de somnambule, d'oii dépendait le sort de l'ouvrage; dans cette scène singulière , hasardée pour la première fois sur notre théâtre ! comme elle a frappé de surprise et d'immobilité tous les spectateurs ! quelle attention ! quelle terreur! quel silence! Puissé-je , dans cette scène mémorable où l'actrice française s'est placée à côté de madame Siddons , si fameuse en Angleterre dans le même rôle et dans la même scène , où le burin nous a conservé ses traits et son attitude; puissé-je avoir fait passer la hardiesse et l'expression du grand poète qui m'en a ofifert le modèle; de ce poète si fécond , si naturel, si pathétique et si terrible , à qui je rapporte avec tant de reconnaissance et les paisibles jouissances de mon travail , et les marques flatteuses d'approbation dont le public m'a quelquefois honoré; de ce poète enfin dont je suis l'ouvrage , et chez qui je viens de puiser encore les tragédies d'Othello et de Jean-sans-Terre ! Puissé-je, dans le rôle de Macbeth , avoir peint avec quelque force la dignité de l'âme humaine, la dignité originelle d'une âme née pour la vertu, mais qui, malheureusement dégradée, et comme détruite par le crime , cherche encore avec tant de douleur à se recomposer parmi ses ruines I
PERSONNAGES
DUNCAN , roi d'Ecosse.
MALCOME , fils de Duncan , héritier de la couronne.
GLAMIS , premier prince du sang.
MACBETH , prince du sang , commandant l'armée de Duncan.
FRÉDEGONDE , femme de Macbeth.
LOCLIN, ) ,,,„,,
ÇFTHN i guerriers sous les ordres de Macbeth.
SEVAR , montagnard écossais, cru père de Malcome.
Le jeune riLS de MACiiETH , personnage muet.
Un Soldat.
Plusieurs Assassins.
Grands d'Ecosse.
Peuple.
La scèue est en Ecosse , dans la province et dans le palais d'Inverness. Le premier acte se passe dans la forêt du même nom.
MACBETH