DUNCAN, GLAMIS
GLAMIS
Seigneur, où sommes-nous? jamais des cieux plus sombres
De ces tristes forêts n'ont épaissi les ombres.
Quels antres ! quels rochers ! J'admire avec terreur
De ce de'sert muet la ténébreuse horreur;
Ici les seuls torrents ont marqué leur passage.
DUNCAN
Arrêtons^ious , ami. Va , ce désert sauvage Par son terrible aspect afflige moins mes yeux Que d'un mortel ingrat le visage odieux.
GLAIVIIS.
Mais quels desseins, seigneur, vous ont avec mystère Fait diriger vos pas vers ce lieu solitaire?
DUXCAX.
Un vieillard doit s'y rendre , et de notre entretien Dépend tout le bonheur de l'Ecosse et le mien.
GLAZyiIS.
Quel est donc ce vieillard , seigneur, dont la prudence Mérita de son roi l'auguste confidence?
524 MACBETH
DUNCAN
C'est un de ces mortels qui, dans l'obscurité,
Par de mâles travaux domptent l'adversité ;
Qui près de leurs enfants , de leurs chastes compagnes ,
Coulent des jours heureux au sein de ces montagnes.
Tu le verras bientôt-, et, certains de ta foi,
Nos cœurs vont librement s'expliquer devant toi :
J'ai , dans cet entretien , besoin de ta prudence.
GLA.MIS.
Seigneur, je sens le prix de cette confiance:
Vous ne l'ignorez pas. Que j'ai plaint vos malheurs ,
Quand la mort de vos fils vint combler vos douleurs !
Quand Donalbin périt, et dans d'indignes pièges
Tomba, si jeune encor, sous des mains sacrilèges !
Fallait-il que Malcome , hélas ! à peine né ,
Fût sitôt , sous vos yeux , au berceau moissonné?
Le barbare Cador, auteur de tant de crimes ,
Fit immoler, dit-on, ces deux tendres victimes.
Il crut , de la discorde exécrable tison ,
Faire passer bientôt le sceptre en sa maison.
Fier d'oser y prétendre, avec quel artifice
De sa superbe audace il couvrit l'injustice !
Comme il sut par l'éclat de ses droits captieux
Égarer les esprits, éblouir tous les yeux.
Préparer le pouvoir que son parti lui donne,
Vous disputer enfin le sceptre et la couronne ,
Et tourner contre vous des sujets révoltés ,
Trop aisément , hélas 1 vers un traître emportés !
Alors l'Ecosse entière , alors notre patrie
Devint un champ d'horreurs , de meurtre et de furie ,
Où chacun prit son poste , où chacun dans son camp
Ou s'arma pour Cador, ou s'arma pour Duncan.
Hélas! ces deux partis, sans pouvoir se détruire.
Ne se sont accordés qu'à déchirer l'empire j