‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 232 sur 489 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Que mes tristes regards ont assez vu les hommes. Je crois , à la lueur d'un si triste flambeau, Apercevoir dans l'ombre et toucher mon tombeau. A ces frayeurs d'abord j'ai rougi de me rendre ; Mais que sert de combattre , et pourquoi se défendre ! Je n'ai plus , sans chercher d'où me vient cet efifroi, Qu'à laisser faire au sort , et qu'à mourir en roi. Quand le sort une fois a marqué sa victime , Rien ne change l'arrêt, injuste ou légitime; Du lieu fatal sans crainte on la voit s'approcher. Et , fuyant son trépas , elle court le chercher.

GLAMIS

D'où naît dans votre cœur un si funeste augure? D'un autre œil aujourd'hui vous voyez la nature j Votre œil , en s'égarant sur ce sauvage lieu , Semble dire à la terre un éternel adieu. Quitteriez- vous Glamis avec indifférence?

DUNCAX.

On se rejoint souvent bien plus tôt qu'on ne pense.

Crois-moi , de quelques pas, à la mort destinés.

Du tombeau seulement nous vivons éloignés.

Nous vivons!... Ah! je sens que des terreurs plus vives. .

Mon ami , si le sort veut que tu me survives,

Si tel est du destin l'irrévocable loi ,

J'exige que... ^

GLAMIS

Régnez.

DUXCAN.

Tout est fini pour moi.

GLAMIS

Trompeurs pressentiments !

DUNCAN

Ils sont involontaires.

Tedirai-je encor plus, les erreurs populaires.

528 MACBETH

Sans doute , en d'autres temps, objets de mon mépris ,

Ont vaincu malgré moi mes timides esprits.

On prétend (et ce bruit n'a plus rien qui m'étonne)

Qu'on a vu sur nos bords la terrible Iphyctoae ;

Ipliyctone , interprète et ministre des dieux ,

Qui se montre aux mortels et s'échappe à leurs yeux ,

Qui prédit leur trépas , leur grandeur passagère,

Que le ciel rend présente aux forfaits de la terre ,

Et qui semble aujourd'hui , détournant ses regards ,

Ne plus voir que des morts , du sang et des poignards.

On dit que ses trois sœurs , exécrables , impies ,

Dans qui le Nord tremblant reconnaît ses furies ,

Ces trois sœurs , qui, d'Odin ranimant les soldats ,

Couraient, volaient, frappaient, hurlaient dans les combats,

Et qui , soufflant le meurtre , et la fuite et la rage ,

Dans les champs de la mort présidaient au carnage ;

On dit que ces trois sœurs, sous des rochers déserts,

Où gronde et le torrent et la voix des hivers ,

Dans leurs flancs caverneux, quand tout dort sur la terre.

Au bruit d'un feu magique, aux accents du tonnerre ,

Parmi des corps flétris , et volés aux tombeaux ,

Les membres déchirés , la cendre , les lambeaux ,

Et tout ce qu'on redoute, et tout ce qu'on abhorre.

Préparant des forfaits qui vont bientôt éclore.

Par des mots tout-puissants, des cris mystérieux ,

Ebranlent la nature, et l'enfer, et les cieux.

GLAMIS

Vous me faites frémir. Mais un vieillard s'avance.

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