SCÈNE IL DUNCAN, GLAMIS, SÉVAR
DUNCAN
Toi qui joins aux vertus l'âge et l'expérieuce , Respectable vieillard à qui j'ai confié Le seul bien que du ciel me laissa la pitié, Mon fils est-il vivant?
GLA5IIS, avec joie.
Ciel ! qu'entends-je !
DUNCAN
Oui , lui-même , L'héritier de mon sceptre et de mon diadème , Malcome.
GLAMIS
Ahl je jouis du bonheur de mon roi.
DUNCAN
Va , je connais ton cœur. Toi , vieillard , réponds-moi.
SÉVAR.
Seigneur, de vos desseins j'ai compris l'importance : J'ai veillé sur Malcome, et gardé son enfance. Cru mort et cru mon fils , mes soins l'ont conservé , Et du fer de Cador nous l'avons préservé. Il est loin de prévoir, compagnon de mes peines , Que c'est le sang des rois qui coule dans ses veines. Sans doute il convenait , formé d'un si beau sang , Qu'il ignorât surtout sa naissance et son rang. L'orgueil l'aurait perdu. Votre sagesse insigne Ne lui cacha ses droits que pour l'en rendre digne. Hélas! quoique si tard , quand le destin plus doux Voudra-t-il à la fin se déclarer pour nous ! On dit (si nous devons croire la renommée)
55o MACBETH.
Que Macbeth de Cador va combattre l'arme'e-, Qu'il le presse , l'obsède, et peut-être aujourd'hui Que le trône et l'état seront sauvés par lui. Ah ! si sur votre fils mon devoir et mon zèle Ne me forçaient toujours d'ouvrir un œil fidèle , De quelle ardeur !... Ce sang (j'en ai jadis versé) Dans ces veines , seigneur, n'est pas encor glacé... J'irais contre Cador , j'irais contre un perfide....
DUXCAN.
Il est temps , cher Sévar, que mon sort se décide. Peut-être des combats l'impérieuse loi Prononce à l'instant même entre Cador et moi. Vaincu, je veux, Sévar, qu'une heureuse ignorance A mon fils pour jamais dérobe sa naissance 5 Que, pour armer ses droits, des massacres nouveaux JVe changent plus l'Ecosse en de vastes tombeaux. Laisserai-je à mon fils , au lieu du rang suprême , Cet orgueil impuissant d'un roi sans diadème ! Ah ! plus heureux cent fois dans son obscurité , Qu'il y goûte un bonheur qui n'est point disputé I Mais si le ciel donnait la victoire à nos armes, Si mon fils sur le trône , heureux et sans alarmes...
A part.
Que dis-je! Eh ! si ce fils n'était qu'un mauvais roi ;
A Sévar.
Si, trompant mes désirs !... Mon ami , réponds-moi.
SÉVAR.
Expliquez-vous, seigneur : quel intérêt vous louche?
DUNCAN
La vérité, Sévar, doit parler par ta bouche.
SÉVAR.
Vous l'entendrez. Hé bien?
DUNCAN, à part.
Oue va-t-il dire, ô cieux!