ACTE I, SCÈNE II. 55t
Haut.
Réponds-moi comme ici tu répondrais aux dieux. Quel est mon fils ?
SÉVAR.
Seigneur, dans nos antres rustiques, Je n'ai pu le former qu'aux vertus domestiques , Aux mœurs de la nature , à la simple équité, A voir avec respect, dans leur simplicité, Ces mortels belliqueux , ces montagnards terribles , Endurcis aux travaux , au seul honneur sensibles , Qui tant de fois pour vous ont bravé le trépas , Soldats dès le berceau , vieillis dans les combats , Venant dans leurs foyers , après de longs services , Montrer à leurs enfants leurs larges cicatrices. J'ai voulu dans ses jeux qu'ennemi du repos Il imitât surtout les fils de ces héros, Ces fils de nos rochers, de nos forêts profondes , Nés au bord des torrents, plus fougueux que leurs ondes, Votre peuple en un mot, suçant tout à la fois Et l'instinct du courage et l'amour de ses rois. Voilà de quels amis j'entourais sa-jeunesse : Ce fut là tout mon art , mon secret , mon adresse ; Je dus en faire un homme, et ne l'ai point flatté.
DUNCAN
Tu m'as, mon cher Sévar, promis la vérité.
SÉVAR.
Je m'en souviens, seigneur.
DUNCAN
Aura-t-il du courage ?
SÉVAR.
Ses forces quelque temps ont attendu son âge. Enfin dans ses regards j'aperçus, enchanté. De l'œil du montagnard l'audace et la fierté. Je le vis tout à coup, hardi dans ses caprices ,
552 MACBETH
Dompter les flots émus , franchir les^précipices ,
Le jour sur des rochers braver les noirs frimas,
La nuit me demander des récits de combats.
Oh ! combien de Cador il détestait les crimes !
Mais comme il gémissait sur ses tristes victimes !
« Viens, lui disais-je un jour ; viens avec moi, mon fils,
« Combattre pour ton roi , mourir pour ton pays. »
A ces deux noms si chers il a versé des larmes,
Et ses cris dans l'instant m'ont demandé des armes.
DUNCAN
Mon cher fils !
GLAMIS
Ah ! mon prince , ah ! rendez grâce aux dieux De laisser à l'Ecosse un roi si précieux ! Il sera bienfaisant, populaire, sensible. L'ami des malheureux, dans les combats terrible.
DUNCAN
Oui, mais il faut au crime inspirer de l'effroi.
D'une voix ferme, et fixant sur Sévar un œil attentif. Sera-t-il juste ?
SÉVAR.
Oui , prince.
DUNCAN
Il sera donc un roi.
C'est ce mot, mon ami , qui lui seul le couronne.
Si Macbeth est vainqueur, si le destin l'ordonne ,
Mon fils prendra mon sceptre, et je veux qu'aujourd'hui
Tu me jures , Sévar, de rester près de lui. Oui , je sais que du jour il me doit la lumière ; Mais tu formas ses mœurs, mais toi seul es son père. 0 mon peuple, tes maux vont donc enfin finir ! J'entrevois ton bonheur, je n'ai plus qu'à mourir. On entend un gémissement douloureux.
Quel long gémissement !