‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 251 sur 489 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Il est une heure ou deux après minuit. Le théâtre n'est éclairé que par la faible lueur d'une lampe.

FRÉDEGONDE, seule.

Pourquoi, lorsque tout dort sous ces voûtes funèbres, Mon époux vient-il seul consulter leurs ténèbres? Quelle sombre fureur, ou quel secret dessein De terreur et d'espoir fait palpiter son sein ? Macbeth dans sa pensée accomplit un ouvrage Dont lui-même il a peine à supporter l'image. Ah ! si l'ambition avait pu l'entraîner ! S'il brûlait comme moi de la soif de régner ! S'il osait... Mais que dis-je ! il est né trop timide ; Ce n'est qu'en combattant qu'il se montre intrépide. L'éclat d'un sceptre en vain flatterait son désir : Il ne sait que l'attendre, et non pas s'en saisir. Tu n'as point , ô Macbeth , épargnant tes victimes , L'inflexibilité qui convient aux grands crimes ! Tantôt je l'observais : il a frémi soudain A l'aspect d'un billet qu'a repoussé sa main ; Il l'a repris ouvert. D'où vient , prêt à s'instruire , Que son œil égaré n'a point osé le lire? A ces mots seuls : « Le roi se rend auprès de vous, » I. 5o

554 MACBETH

J'ai vu pâlir son front et fléchir ses genoux.

Il n'en faut point douter, un grand objet l'enflamme ;

Il rejette un espoir qui s'attache à son âme.

Nos songes sont souvent des délateurs secrets,

De nos vœux les plus sourds confidents indiscrets.

Quelque horreur que d'abord un attentat nous donne ,

Son horreur diminue alors qu'il nous couronne.

Irembler de le commettre est déjà l'avoir fait -,

Et , criminel en songe , on peut l'être en effet.

Ne désespérons point. Sachons de quel mystère

Ce billet qu'il redoute est le dépositaire.

On marche : c'est Macbeth. Dans son cœur agité

D'un œil tranquille et froid cherchons la vérité.

Page 1