‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 256 sur 489 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Quel honneur pour mon fils , et quel bonheur pour moi I Je suis dans un instant mère et femme d'un roi. Ah ! ne fais plus languir ma superbe espérance! Il est temps...

MACBETH

Mais l'honneur, mais la reconnaissance, Mais un vieillard , un roi , mon parent , mon ami , Ici dans mon palais , sous ma garde endormi , Qui , si des assassins venaient pour le surprendre , Crîrait d'abord :« Macbeth, jMacbecth, viens me défendre

FRÉDEGONDE , à part.

Quoi I déjà le remords I . . .

MACBETH

Frédegonde, crois-moi :

J'ai pitié de mon fils , de moi-même et de toi. Non , ce n'est point en vain que notre cœur frissonne C'est le ciel alarmé qui l'ébranlé et l'étonné. Où s'allait égarer mon esprit éperdu !

J'immolerais Duncan , moi qui l'ai défendu I A quel prix j'achetais l'honneur du rang suprême! Mon fils peut être heureux sans sceptre et diadème. Pour Glamis , qu'il jouisse avec tranquillité Du sommeil et des droits de l'hospitalité. Ma gloire l'importune ; il est barbare et traître : Ce n'est point pour Macbeth une raison de l'être. Tous deux à la vertu formons un prorwpt retour : Tous les deux sans remords nous reverrons le jour.

FRÉDEGONDE.

Glamis sera donc roi?

MACBETH

Grands dieux, qu'allions-nous faire!

Le trépas de Glamis devenait nécessaire. Vainement sans sa mort j'eusse immolé mon roi : Le fruit d'un si grand crime était perdu pour moi j L 5i

562 MACBETH

Encor conlre Glarnis m'eùt-il fallu d'avance De la mort de Duncan disposer l'apparence, Être ensemble homicide et calomniatem-.

FRÉDEGOXDE.

D'un tel coup aisément on l'aurait cru l'auteur.

On le hait;-, et, du trône héritier légitime ,

C'est sur lui qu'eût tombé tout le soupçon du crime.

MACBETH

Ton esprit , je le vois , du trône encor frappé , Toujours du même objet est donc préoccupé ?

FRÉDEGONDE.

Je suis mère, Macbeth. Oui, ton songe, Iphyctone, Ont tourné , malgré moi , mes yeux vers la couronne -, Et surtout, de Glamis en prévenant les coups, J'aspirais à sauver mon fils et mon époux. Mais, je te l'avoûrai , si seule et dans moi-même Je m'étais dit jamais : « Je veux le diadème , « Je veux que dans ce jour mon fror^ en soit orné , » Je suis d'un sexe faible , au fuseau destiné , Mais au moment d'agir, sous un dehors timide , J'eusse eu de vingt Macbeth la vigueur intrépide. J'ignore quel tourment m'eût été réservé •, Mais , le projet conçu, je l'aurais achevé.

MACBETH

-4) ciel ! tu frapperais le coup que je redoute Sans terreur?

Sans terreur.

MACBETH

Et sans remords?

FRÉDEGOXDE.

Sans doute.-

MACBETH

Sans remords! «ans remords I Dans ces moments affreux

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