‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 26 sur 489 · GERTRUDE, OPHÉLIE · texte numérisé non relu

GERTRUDE, OPHÉLIE

OPHÉLIE

Ah ! permettez , madame, Qu'osant à vos genoux vous découvrir mon âme...

GERTRUDE

Expliquez- vous.

OPHÉLIE

Hëlas ! vous cherchez quel chagrin De votre fils bientôt va trancher le destin.

GERTRUDE

Vous le sauriez I

OPHÉLIE

Daignez me promettre d'avance Que ce cœur généreux oublîra mon offense.

GERTRUDE

Et quel crime si grand auriez-vous donc commis? Claudius... mais plutôt parlez-moi de mon fils. Vous auriez de ses maux pénétré le mystère? Ahl qui sont-ils? parlez, éclairez une mère.

OPHÉLIE

Madame....

GERTRUDE

C'en est trop , répondez , je le veux.

OPHÉLIE

Vous connaissez du roi les ordres rigoureux : Nul mortel à ma foi ne doit jamais prétendre , Et je ne puis sans crime ou le voir ou l'entendre. Le prince m'a forcée à braver ce devoir.

GERTRUDE

Comment?...

OPHÉLIE

Nous nous aimons, mais, hélas ! sans espoir. Nous avons tous les deux , à cet ordre rebelles , Renfermé dans nos cœurs nos ardeurs mutuelles ; Mais c'est moi dont les feux, trop prompts à me trahir, Ont aux regards du prince osé se découvrir. Ainsi jusqu'à l'excès sa flamme est parvenue. De là ce sombre ennui dont la cause inconnue Sur son sort tant de fois alarma votre cour : Son désespoir , ses maux sont nés de notre amour. Qu'un autre choix vous venge et punisse mon crime. A ce tourment , hélas ! je me livre en victime 5 Heureuse si ma mort , en croissant son ennui, Ne vous en prive pas , quand je m'arrache à lui !

GERTRUDE

Non, vous vivrez tous deux. 0 moment plein de charmes! Je pourrai donc , mou fils , sécher enfin tes larmes. Ses feux seuls ont produit sa secrète langueur. Hélas ! est-on toujours le maître de son cœur ! Je conçois de vos maux quelle est la violence. Sans doute il est affreux d'aimer sans espérance ; Mais enfin par l'hymen je puis combler vos vœux. Je n'ai qu'à dire un mot : j'y consens , je le veux. Vivez , régnez, aimez ; je n'aspire moi-même Qu'à placer sur vos fronts l'éclat du diadème. Je cours vers Claudius dans cet heureux moment. Je vous réponds déjà de son consentement. Quel ennui si mortel , quelle mélancolie Tiendrait contre l'espoir d'obtenir Ophéliel Embrassez-moi , ma fille. Allez ; que ce grand jour Couronne tant d'attraits , de vertus et d'amour !

FIN DU TROISIÈME ACTE

Page 1