ACTE IV, SCENE II
Et ces sombres regards à la terre attache's ? Voyez- vous mon bonheur avec indifïerence?
Le bonheur quelquefois est plus loin qu'on ne pense I
OPHÉLIE
Qu'entends-je ! quels discours ! Seigneur, vous vous troublez; D'un ennui plus profond vos sens sont accablés. Eh quoi! déjà pour moi votre ardeur affaiblie...
Que tu me connais mal , ô ma chère Ophélie,
Si tu crois que mon cœur, épris de tes attraits ,
Une fois enflammé, puisse changer jamais!
Ce cœur jusqu'au tombeau brûlera pour tes charmes.
OPHÉLIE
D'où vient donc , malgré toi , vois-je couler tes larmes -, Qu'un profond désespoir, peint dans tes tristes yeux. Ne semble m'annoncer que d'éternels adieux? N'expliqueras-tu pas quel poison te consume?
Non, tu n'en conçois pas la funeste amertume.
OPHÉLIE
Ainsi ces nœuds charmants , cet autel fortuné Où mon sort sous tes lois allait être enchaîné... Hélas!... je me trompais , ce n'était qu'un vain songe.
Notre amour seul fut vrai-, le reste est un mensonge.
OPHÉLIE
Cruel , ton cœur aussi s'est donc fermé pour moi !
Que ne peut-il , hélas I s'épancher devant toi ! Un obstacle invincible à ce désir s'oppose. Tu verras mon trépas sans en savoir la cause. Plains-moi , plains un amant qui craint de t'irriter , Qui meurt s'il ne t'obtient , et ne peut t'accepter. II. 5
5o HAMLET.
Si le sort l'eût voulu , nés tous deux l'un pour l'autre ,
Quel bonheur sur la terre eût égale le nôtre?
Douces conformités et d'âges et de désirs !
Le ciel autour de nous rassemblait les plaisirs.
Je ne te parle point de la grandeur suprême :
Ton cœur, je le sais trop, n'a cherché que moi-même.
Cependant... ô regrets!
OPHÉLIE
Achève.
Je ne puis.
OPPHÉLIE.
Pourquoi ?
C'est à la tombe à cacher mes ennuis.
OPHÉIJE.
Tu veux quitter la vie?
HA.MLET.
Il est temps que j'en sorte.
Sur toi, sur mon amour, mou désespoir l'emporte. Va , crois-moi , du bonheur les jours purs et sereins Rarement sur la terre ont lui pour les humains. En chagrins dévorants que de sources fécondes! Des plaisirs si trompeurs ! des douleurs si profondes ! Et que faire , Ophélie, en ce séjour affreux ? Traîner dans les soupçons mon destin malheureux-, Écouter les mortels sans croire à leur langage ; De leurs divisions voir l'affligeante image ; Pas un sincère ami dont la fidélité Conduise jusqu'à nous l'auguste vérité, La vérité , grands dieux I qui , si noble et si belle, Devrait être des rois la compagne éternelle •, Des guerres , des traités , d'infructueux projets , Des lauriers toujours teints du sang de nos sujets j Au-dedaus, des complots, des cœurs ingrats, perfides j