‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 30 sur 489 · ACTE IV, SCENE II. 5i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II. 5i

Du poison préparé par des mains parricides. Ah ! puisqu'à tant de maux le ciel livra mes jours , Sans doute il m'autorise à terminer leur cours. Eh qu'importe à ce dieu qu'abrégeant ma misère, J'aie un instant de moins à gémir sur la terre? Languissant , abattu , souflfrant , prêt à périr, Mon malheur est de vivre , et non pas de mourii.

OPHÉLIE

Qu'oses-tu dire , ô ciel ! quel désespoir t'égare?

Ta douleur à la fin t'a donc rendu barbare ?

Hélas! je nourrissais cet espoir si cliarmant

D'essuyer quelque jour les pleurs de mon amant :

L'bymen va , me disais-je, au gré de mon envie,

Par de nouveaux devoirs l'attacher à la vie.

Je ne te parle plus de mes feux ni de moi.

Mais pour oser mourir, ta vie est-elle à toi?

Ta grandeur, ton devoir la livre à ta patrie.

Entends à tes côtés le Danois qui te crie :

« J'ai remis dans tes mains mon sort , ma liberté j

« Entre ton peuple et toi n'est-il plus de traité?

(( C'est à toi que le faible a commis sa défense.

« Punir les oppresseurs, soutenir l'innocence ,

« Protéger les sujets contre leurs ennemis ,

« Voilà les droits sacrés que le ciel t'a remis.

« De leurs malheurs cachés préviens, détruis les causes :

« Ce sont là tes devoirs. Meurs après, si tu l'oses. »

Hélas!

OPHÉLIE

Ne gémis plus, mais règne.

Que dis- tu?

Garde-toi bien surtout d'outrager ma vertu. Vous le savez , grands dieux ! ma plus douce espérante

Était de voir mon peuple heureux sous ma puissance. Sans doute en m'accablant vous m'imposez la loi De descendre d'un rang qui n'est plus fait pour moi.

A Ophélie.

Et toi , de qui l'amant et t'offense et t'adore , Renonçons à l'espoir de nous revoir encore. Adieu... Je vais bientôt...

OPHÉLIE

Tes pleurs me font frémir 5 Ton cœur se trouble, hésite, et cherche à s'affermir : Tu caches un dessein.

Qui ! moi !

OPHÉLIE

Je veux l'apprendre, Je veux tout découvrir.

Qu'osez-vous entreprendre?

OPHÉLIE

C'est trop souffrir. Cruel, quels sont donc tes malheurs? Que je t'aide du moins à porter tes douleurs I

Leur poids t'accablerait.

OPHÉLIE

Connais mieux mon courage.

Penses-tu que les pleurs fassent seuls mon partage ? Pour te sauver, Hamlet, s'il ne faut que périr, Viens me voir expirer, et t'apprendre à soufitrir.

Malheureuse!... et sais-tu jusqu'où va ma constance ? Entends-tu dans les airs le cri de la vengeance? Vois-tu soudain les morts se montrer à tes yeux , Errer sous ces lambris des spectres odieux ? Le jour, vois-tu les deux couverts d'ombres funèbres ;

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