CONSTANCE, KERMADEUC
KERMADEUC
J'ignore les ennuis que votre âme renferme, Madame*, mais des miens je touche enfin le ternie. Je sens que chaque jour m'approche du tombeau, Et du soleil pour moi fait pâlir le flambeau. La terre me rappelle. Il est temps de lui rendre
Ce corps presque détruit que son sein va reprendre.
Mais vous , madame , vous I à la fleur de vos ans ,
Vous aurez à gémir, à soupirer long-temps.
Dans nos malheurs pourtant , madame , je rends grâce
Au destin moins cruel qui près de vous me place.
Quoique ici pour nos jours je craigne avec raison ,
Je tremblerais bien plus dans une autre prison.
Vous connaissez Pomfret?
CONSTANCE
Pomfret 1 ce lieu terrible , Ce château si fatal , sanglant , inaccessible ; Où tant de grands , de rois , ont reçu le trépas ; Où le tyran nous frappe , et ne se montre pasj Où tant d'ordres secrets , ou plutôt tant de crimes , Sans bruit et sans péril immolent ses victimes. Si le roi m'envoyait sous ces murs odieux , Je crois que de terreur je mourrais à ses yeux.
KEKftlADEUC.
C'est ici par pitié que le ciel nous rassemble.
Dans nos malheurs, du moins , nous gémirons ensemble.
Mais vos yeux , je le vois , ont versé bien des pleurs -,
Leur éclat fut souvent flétri par les douleurs.
Que je plains votre sort !
CONSTANCE
Votre pitié me touche.
Hélas! mes longs malheurs m'avaient fermé la bouche. Qu'il est doux pour ce cœur qui trop long-temps s'est tu D'entendre encor du moins l'accent de la vertu!
KERMADEUC
]\îadame , pardonnez : je me trompe sans doute; Mais plus je vous regarde et plus je vous écoute, Plus je me sens troublé, plus je crois dans vos traits Démêler. . . Vaine erreur !