ACTE II, SCENE II
CONSTANCE
Ah ! parlez!
KERMADEUC
Non , jamais Mes yeux , mes tristes yeux ne reverront Constance !
CONSTANCE
Qunil vous la connaissez!
KERMADEUC
Hélas ! dans son enfance Je l'ai vue à sa cour, quand son père autrefois A ses nobles Bretons dictait encor ses lois. Il n'est plus •, et sa fille , errante , nîalheureuse , Dérobe ou traîne au loin son infortune affreuse. Ma souveraine , hélas ! n'a plus dans l'univers Que la fuite, ses pleurs, et peut-être des fers.
CONSTANCE
Vous êtes donc instruit de toute sa misère?
KERMADEUC
Le plus grand de ses maux , madame , est d'être mère.
Ah! si vous aviez vu , dans des temps plus heureux ,
Arthur, sou jeune Arthur, cet enfant généreux,
De grâces et d'esprit étonnant assemblage ,
Et déjà de nos ducs annonçant le courage!
Oui , j'étais prêt pour lui , je ne m'en repens pas ,
Dans un projet trop juste, à braver le trépas.
CONSTANCE
Un projet ! ciel! qu'entends-je! Ecoutez, je suis mère... Un enfant!... Ah! parlez, expliquez ce mystère; Ne me déguisez rien.
KERMADEUC
Madame, écoutez-moi.
Au pied de cette tour, dans un muet effroi , Je déplorais le sort de la triste Constance , Les malheurs de son fils, son sort, son innocence.
ir. 5
Je cherchais sous quels murs, facile à s'alarmer,
Son tyran soupçonneux avait pu l'enfermer.
Hélas ! est-il vivant , me disais-je en moi-même?
Tandis que, m'e'garant dans ma tristesse extrême,
Je laissais mes regards , errant sur leurs conlours,
Parcourir l'épaisseur de ces antiques tours ,
J'v découvris dans l'ombre une étroite ouverture
Par où , dans ces cachots , ranimant la nature ,
j.e soleil , chaque jour, vient , par ses premiers feux ,
Consoler la langueur et l'oeil dumalheureux-,
Du malheureux qui semble oublier sa misère,
Et du moins un moment sourit à sa lumière.
Une main en jeta , prompte à se dérober,
Un objet inconnu que mon œil vit tomber.
Je cours. Ciel! qu'aperçois-jel ô fortuné présage !
De la foi des chrétiens le sacré témoignage ,
Une croix sur laquelle , immobile et surpris ,
En cachant mes transports , je lus ces mots écrits.
CONSTANCE
Hé bien ! quels sont ces mots? Hâtez-vous de répondre.
KERMADEUC
« Anglais, sauvez Arthur !» Vous semblez vous confondre. D'où vous vient tout à coup ce prompt saisissement ?
CONSTANCE
Il serait dans ces murs !
KERMADEUC
Et qui donc ?
CONSTANCE
Mon enfant !
Arthur, mon cher Arthur!
KERMADEUC
Quoi! c'est vous! c'est Constance!
C'est vous, ma souveraine! ô ciel! ô providence I