ACTE III, SCENE XIII
Sur cette croix enfin j'explique ma pensée. Et du haut de la tour j'ose alors la jeter.
LE ROI
Mais encor, quel espoir avait pu vous flatter? Vouliez-vous des Anglais animer la colère?
ARTHUR
Ce projet convient-il , hélas ! à ma misère? Je voulais seulement leur rappeler mon nom , Et ne plus voir enfin les murs de ma prison.
LE ROI , à Kermadeue, hrusquement.
Cette croix est tombée entre tes mains, perfide?
KERMADEUC
Qui te l'a dit?
LE ROI
Kerbeck, à qui ta main timide L'a remise en secret lorsque l'on t'a saisi. Il m'a tout avoué j ton complice est ici.
KERMADEUC
Hé bien! connais-moi donc. Je ne suis point un traître. J'ai tout fait, je l'ai du, pour délivrer mon maître. Je respectais ton trône, et ne l'attaquais pas. Je Toulais rendre Arthur, mon prince, à ses états.
LE ROI
Comment régnerait-il, quand, prives de lumière. Ses yeux?.. -
KERMADEUC
Va, nous l'aimons, sa race nous est chère. JN'a-t-il pas pour régner les droits de ses aïeux? Qu'importe que le jour soit éteint pour ses yeux? Il en reste un plus pur dont il verra la flamme-, Et ce jour qui lui manque , il l'aura dans son âme.
LE ROI
De ta vertu, vieillard, mon cœur est pénétré. Hé bien ! vis près d'Arthur, n'en sois plus séparé.
Cette femme, à tous deux prodiguant sa tendresse ,
Va servir son enfance et servir ta vieillesse.
KERMADEUC
C'est du moins un bienfait que je tiendrai de vous.
Nos malheurs réunis pèseront moins sur nous.
Nous mourrons tous ici , nos vœux vous le demandent.
LE ROI
Non, vousn'yjmourrez point; d'autres lieux vous attendent. Vous y pourrez tous trois consoler vos douleurs.
CONSTANCE
Où doit-on nous conduire?
LE ROI
A Pomfret.
CONSTANCE
Ciel! je meurs.
LE ROI
D'où lui vient, cher Hubert, cette pâleur mortelle? Je ne sais , mes soupçons se sont tournés sur elle.
HUBERT
Le seul nom de Pomfret a produit sa terreur. Ce nom chez les Anglais fut toujours en horreur. L'habitude à ces lieux attache sa misère. Elle est faible , crédule , et , de plus , elle est mère : Et le cœur d'une mère est si prompt à trembler !
LE ROI
Femme, je plains ton sort , et veux te consoler. Sois libre, oublie enfin les douleurs qu'il te coûte; Va retrouver ton fils.
CONSTANCE
Il ne vit plus, sans doute.
LE ROI
Peux-tu délibérer? Hé quoi ! de ta prison Crains-tu donc de sortir?