‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 322 sur 489 · ACTE III, SCÈNE XIII. 5cj · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XIII. 5cj

CONSTANCE

Dans mou triste abandon , A mes fers , à ces murs , je suis accoutumée , Et mon àme à l'espoir pour jamais est fermée.

LE ROI

C'en est trop : dans mes mains remettez cet enfant.

CONSTANCE

ÎVe me l'enlevez pas I

LE ROI

Ciell qu'entends-je?

CONSTANCE

0 tourment !

LE ROI

Enfant , femme , vieillard , ici tout est complice. Je le veux , je l'ordonne. Hubert, qu'on le saisisse.

HUBERT

Madame , au nom des cieux. , ne le retenez pas.

CONSTANCE

Il faudra tout sanglant l'arracher de mes bras.

HUBERT

Le roi veut...

Non, jamais.

HUBERT

Redoutez sa colère.

Lui arrachant l'enfant avec violence.

Il veut être obéi.

.:\JITHUR.

JI s'échappe des mains d'Hubert ; il reste sans guide , éperdu , les bras

levés vers le ciel, ne sachant où se jeter.

Ciel! OÙ suis-je? Ahl ma mère!

LE ROI

Sa mère !

CONSTANCE

Oui , je la suis, il tient de moi le jour.

6o JEAN-SANS-TERRE.

C'est Arthur, c'est mon sang, l'objet de mon amour. Mais vous, Hubert, mais vous, qui preniez sa défense, Vous m'arrachez mon fils , vous trahissez Constance -, Vous servez, sans rougir, un tyran furieux Qui par un fer brûlant vient d'outrager ses yeux. J'ai tout su par vous seul.

LE ROI

Tu me trompais, parjure I

Oui, je servais le ciel , l'honneur et la nature , La veuve d'un héros, le fils de Godefroi. Dans quel état , barbare , as-tu réduit mon roi I Enfant, à qui le ciel prodigua tant de charmes, Pour la dernière fois sois baigné de mes larmes. Voilà, voilà ta mère! Ah! vois-tu, malheureux, Ces voûtes s'indigner à ton aspect affreux^ Ces pierres, ces anneaux , moins durs que tes entrailles, S'élever contre toi du sein de ces murailles? Non , je n'invoque plus, pour payer tes forfaits , Cette foudre qui gronde et ne punit jamais. Cieuxl frappez les tyrans par un autre tonnerre ! Du sort de cet enfant instruisez l'Angleterre ! Qu'à ce bruit chaque mère, au lieu de s'affliger. Croie avoir sur lui seul un enfant à venger I Pour déchirer tes yeux par un juste supplice , Qu'un fer entre leurs mains étincelle et rougisse! Ou plutôt, que tes yeux , de ton ombre alarmés. Ne se rouvrent jamais , par la terreur fermés ! Règne , mais en tremblant , muet , pâle , immobile , Rampant sous ces cachots pour chercher un asyle, Séchant, mourant enfin de l'éternel eflfioi Que réserva le ciel aux tyrans tels que toi.

LE ROI

Holà ! soldats , à moi !

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